Vaud

Nouveau braquage de fourgon: le canton de Vaud saisit le Conseil fédéral

Après une nouvelle attaque de convoyeurs de fonds la nuit dernière, l’exécutif cantonal interpelle d’urgence les sept Sages. Il demande que la loi change, rapidement

Voitures-béliers, menace à la kalachnikov, coups et destruction de véhicules par le feu. A 3 heures du matin ce vendredi, c’est le sort qu’ont connu deux fourgons convoyeurs de fonds à la sortie d’autoroute de La Sarraz (VD). L’un des chauffeurs a été hospitalisé, alors que trois véhicules calcinés témoignaient ce vendredi de la violence des méthodes employées par les malfrats, toujours en fuite. C’est la deuxième fois que le cas se produit cet été, la quatrième en deux ans.

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Des véhicules peu protégés

Le canton de Vaud a décidé de saisir le Conseil fédéral en urgence. «Au vu de la nature de cet événement violent, il existe un intérêt public prépondérant à autoriser les transports de fonds la nuit avec des véhicules blindés lourds, tranche Béatrice Métraux, ministre vaudoise chargée de la Sécurité. Cela afin d’assurer la sécurité non seulement des transporteurs de fonds, mais aussi des citoyens et de la police.»

Car, si tous ces méfaits interviennent la nuit, c’est parce que les convois de fonds sont plus vulnérables à ce moment-là. La loi interdit en effet le transport de marchandises dans des véhicules «lourds» (plus de 3,5 tonnes) entre 22 heures et 5 heures. La raison? Le bruit. Or, les fourgons blindés pèsent entre 14 et 16 tonnes, ce qui proscrit leur utilisation une fois le soleil couché. Des millions de francs sont donc transportés dans des camionnettes dont la sécurité laisse à désirer en cas d'attaques.

La violence monte d’un cran

Or, la recrudescence de braquages de convoyeurs de fonds prend des proportions considérables. Mai 2017 à Nyon, Février 2018 à Chavornay, avril 2018 et juin 2019 au Mont-sur-Lausanne et hier encore, à La Sarraz. Les braquages de camionnettes de transport de valeur se suivent et se ressemblent, et, dit Béatrice Métraux, «il faut désormais agir».

D’autant que la situation s’aggrave: «Pour la première fois, l’un des conducteurs a été agressé, déplore Jean-Christophe Sauterel, le porte-parole de la police cantonale. On est monté d’un cran dans la violence.» Face à la recrudescence de ce genre d’événement, les forces de l’ordre sont toutefois démunies. «Les polices cantonales ne peuvent pas sécuriser tous les transports de fonds. Ce qu’il faut, c’est que ces véhicules soient mieux protégés.» C’est ce que martèle le conseiller national vaudois Olivier Feller (PLR), jusque-là dans le vide.

«Le bruit rend malade»

«La législation en place permet d’acheminer des fleurs coupées dans de gros camions au milieu de la nuit, mais pas de l’argent, dit-il. Une pesée d’intérêt est nécessaire.» Deux exceptions permettent en effet le transport de denrées alimentaires périssables et de bourgeons dorés quand la population dort. Rien d’autre. Pour que le convoyage de fonds bénéficie lui aussi d’une dérogation, Olivier Feller a déposé une motion au parlement fédéral en mai de cette année.

Le gouvernement y a répondu la semaine dernière en ces mots: «Protéger la population contre le bruit est une préoccupation majeure du Conseil fédéral. Le bruit est un facteur de stress, réduit la qualité de vie et rend malade.» Et il a proposé le refus de la motion. Une décision «incompréhensible», selon le politicien, qui compte bien convaincre ses collègues de changer la loi. Il faudrait toutefois attendre 2020 pour que l’objet passe au plénum, ce que le canton de Vaud espère hâter par son intervention.

Bruit ou kalachnikov

«Il ne s’agit pas d’un problème cantonal, dénonce Béatrice Métraux. C’est la Suisse qui est visée. Nous avons une faille dans le dispositif de sécurité des transports de fonds, en particulier la nuit. Et cela se sait dans les milieux du grand banditisme.» Pour le directeur de l’Association des entreprises suisses de services de sécurité, Luc Sergy, il en va désormais du bon fonctionnement du système helvétique.

«Les Suisses sont les derniers en Europe à payer encore régulièrement en cash, dit-il. Avec ces volumes, nous devons rouler la nuit. Sinon c’est impossible d’approvisionner les bancomats à temps. Il ne s’agirait que d’autoriser une dizaine de fourgons lourds à circuler la nuit.» Le Conseil fédéral devra donc faire un choix cornélien: protéger la population du bruit ou d’attaques à la kalachnikov sur l’autoroute.

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