Le soleil automnal tapait fort jeudi vers 14h15 devant la gare de Bellinzone, où une foule enthousiaste attendait le train spécial qui a conduit le conseiller fédéral Ignazio Cassis et sa délégation au Tessin. Un jour de joie et d’orgueil pour un canton qui trop souvent s’est senti délaissé par Berne.

Lorsque le nouvel élu est sorti de la gare au bras de sa femme Paola, la foule a éclaté en vivats et applaudissements. Avec une verve toute latine, «il dottor Cassis», comme on l’appelle au Tessin où il a longtemps été médecin cantonal, a levé les bras au ciel avant de distribuer accolades et embrassades à tout va, en commençant par sa famille, ses sœurs et sa maman nonagénaire. Accueilli par le président du Conseil d’Etat tessinois, le socialiste Manuele Bertoli, et les autorités cantonales et communales, Ignazio Cassis a chaleureusement salué l’ancien conseiller fédéral Flavio Cotti, dont la démission en 1999 devait marquer le début de dix-huit années sans représentant de la Suisse italienne au gouvernement fédéral.

Drapeaux et fanfares

Dans un déploiement de drapeaux aux couleurs suisses et tessinoises et aux sons des fanfares, le défilé ouvert par un groupe de militaires à cheval a parcouru le centre-ville du chef-lieu jusqu’à la place du gouvernement. Plusieurs centaines d’écoliers de la ville et des environs ont assisté à la cérémonie en manifestant bruyamment leur contentement. «Ignazio, Ignazio, Ignazio», ont-ils crié tout au long du cortège. Un accueil tout aussi chaleureux a été réservé au conseiller fédéral sortant Didier Burkhalter, accompagné de son épouse.

La journée de jeudi a été celle de la joie et de l’orgueil pour Bellinzone et le Tessin. Le canton du sud des Alpes, qui s’est trop souvent senti incompris de Berne, a désormais «son» représentant sous la coupole fédérale. Le maire de Bellinzone, Mario Branda, l’a dit dans son discours à l’arrivée de la délégation en gare de Bellinzone: «Cet événement important pour le Tessin et la Suisse et que nous attendions depuis dix-huit ans est un signe de reconnaissance pour notre réalité.»

Le Conseil fédéral, «une école de vie»

La partie officielle de la cérémonie a eu lieu devant le siège du gouvernement cantonal. Elle a été ouverte par le président du Grand Conseil tessinois, Walter Gianora: «Avec l’élection d’Ignazio Cassis, nous nous rapprochons du reste de la Berne fédérale et nous le faisons grâce à un politicien de valeur qui saura aussi œuvrer pour sauvegarder la langue italienne en Suisse.» Manuele Bertoli, de son côté, a souligné «le grand honneur» échu au Tessin grâce aussi au départ de Didier Burkhalter.

Retrouvez notre dossier sur la succession au Conseil fédéral de Didier Burkhalter

S’exprimant en italien d’abord, puis en français, le conseiller fédéral sortant a suscité le rire du public par ses bons mots. Il a comparé le Conseil fédéral à une «belle maison» heureuse d’accueillir le nouvel arrivé, à qui il a dispensé nombre de conseils: «Tu verras, Ignazio, que cette maison est en réalité un collège, une école de vie. Et la plus belle des écoles de vie, tu vas la vivre en reprenant le Département fédéral des affaires étrangères. Je suis persuadé que tu sauras dignement représenter la Suisse à l’étranger et que tu sauras conjuguer deux réalités, la nôtre et celle du reste du monde!»

«Suisse plus forte»

«Merci pour votre chaleur», s’est exclamé le nouveau ministre en concluant la partie officielle. S’adressant à ses collègues, 80 parlementaires qui l’ont suivi de Berne au Tessin, il les a remerciés: «Grâce à votre choix, vous avez contribué à rendre la Suisse plus forte», a-t-il lancé, avant de remercier son parti, «par le biais duquel j’ai découvert l’interface entre la médecine et la politique». La journée tessinoise d’Ignazio Cassis s’est terminée par un repas de gala offert par le canton du Tessin avant le retour de la délégation dans la capitale fédérale.