Centre sur l’islam: «A moi de convaincre»

Fribourg Hansjörg Schmid prend ses fonctions à la tête de l’institution

Le directeur revient sur la controverse liée à son ouverture

Comme une épée de Damoclès, l’UDC fribourgeoise maintient la possibilité d’une initiative cantonale pour contrer le projet de formation sur l’islam de l’Université de Fribourg. Le comité central du parti prendra sa décision ce mercredi. Qu’à cela ne tienne, Hansjörg Schmid a pris ses fonctions de directeur du futur Centre islam et société (CIS), le 5 janvier dernier. Le théologien allemand, âgé de 42 ans, spécialiste d’éthique sociale interreligieuse, s’est installé dans ses nouveaux locaux, à Fribourg, aux côtés d’une jeune assistante musulmane, diplômée en sciences islamiques, Esma Isis-Aranautovic.

Aux charges d’une partie de la droite, estimant que l’islam n’a pas sa place au sein de l’Université de Fribourg, il oppose un argumentaire rationnel doublé d’une imperturbable sérénité. «Ma tâche est de convaincre», souligne-t-il, dans un français élégant teinté d’accent germanique. Une mission rendue plus délicate encore par le climat de tension qui prévaut, suite aux attentats terroristes de Paris au début du mois. «Ces événements ne freinent pas notre projet, estime Hansjörg ­Schmid. Ils montrent au contraire la nécessité de mettre en place des mesures d’intégration et de cohabitation positives. La présence des musulmans dans ce pays est une réalité. L’université est le lieu idéal pour mener les débats sur la place de l’islam en Suisse.»

Première étape du CIS: l’ouverture d’une formation continue, en 2016. Le chercheur tient à le préciser: «Ce n’est pas une formation d’imams.» L’université, explique-t-il, n’a pas pour mission de fabriquer des prédicateurs, mais d’offrir une formation scientifique. Les cours, conçus pour donner des clés de lecture de la société suisse aux musulmans, s’adressent aux imams autochtones déjà actifs (ils sont quelque 180 en Suisse), ou à des membres d’associations islamiques qui souhaiteraient mieux cerner le système politique et juridique en vigueur dans le pays. La formation continue proposera également des cours sur l’islam pour des personnes en contact avec des musulmans dans leur profession: aumôniers, enseignants, policiers, employés de commune, membres des services sociaux.

Enfin, le CIS compte d’ici à 2017 donner la possibilité à des étudiants de réaliser une thèse de doctorat en sciences islamiques, en collaboration avec d’autres centres universitaires. Son public cible: de jeunes musulmans désireux de mener une réflexion académique sur leur religion. Hansjörg Schmid, fort de douze ans d’expérience dans le dialogue islamo-chrétien, sera rejoint en automne par un théologien de l’islam: «Notre objectif est d’ouvrir un débat, avec les musulmans, sur ce que dit leur religion du pluralisme, de la sécularité, de la démocratie. La modernisation de l’islam a déjà lieu dans la vie quotidienne de nombreux musulmans, qui sont aussi citoyens, étudiants, travailleurs. C’est sur cette base que doivent se construire les discussions pour savoir comment l’islam peut trouver sa voie et s’enraciner dans la société européenne. Ces questions méritent d’être approfondies en Suisse.»

Les sceptiques sont nombreux et coriaces. En septembre 2014, pas loin de la moitié des 110 députés du parlement fribourgeois ­votaient en faveur d’un mandat exigeant du Conseil d’Etat de renoncer à cette formation (52 oui, contre 38 non et 2 abstentions). Il ne manquait que 4 voix pour atteindre la majorité qualifiée (56) requise pour valider le blocage, voulu par des membres de l’UDC, du PDC et du PLR. «C’est un projet nouveau. Je comprends qu’il y ait des interrogations, note Hansjörg Schmid. Mais je sens aussi un grand soutien au niveau de l’université et de la société.» Le projet ne date pas d’hier: il est né en 2009, suite à un programme national de recherche concluant à la nécessité de former des imams en Suisse. Une centaine de musulmans, d’experts et de responsables de huit cantons avaient été sondés.

Malgré la menace d’une nouvelle frappe politique, le CIS poursuit son chemin avec la mise sur pied, prévue en février, d’un comité de pilotage. Composé de musulmans – dont trois imams –, de représentants de l’administration fédérale et de professeurs, il devra analyser les besoins en formation auprès des organisations de musulmans de toute la Suisse.

«L’université est le lieu idéal pour mener les débats sur la place de l’islam en Suisse»