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Les conseillers nationaux UDC Thomas Matter, Céline Amaudruz et Lukas Reinmann aux côtés d'Albert Rösti, président du parti.
© Peter Klaunzer/KEYSTONE

Suisse-UE

Le nouveau discours de l’UDC contre la voie bilatérale

En s’attaquant à la libre circulation des personnes, la nouvelle initiative de l’UDC met en péril six autres accords entre la Suisse et l'UE. Le parti l'admet, mais affirme que le peuple a été trompé sur l’importance de la voie bilatérale

L’UDC s’engage dans un nouveau combat mêlant ses deux cibles favorites: l'immigration et l’Union européenne (UE). Le parti gouvernemental a lancé mardi à Berne, aux côtés de l’Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN), une nouvelle initiative populaire dite «de limitation».

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Intitulé «Pour une immigration modérée», ce texte vient compléter les dispositions de l’initiative«Contre l’immigration de masse» de l’UDC acceptée le 9 février 2014. Il demande en effet l’abrogation de l’Accord sur la libre circulation des personnes (ALCP) dans l’année suivant le scrutin. Et si cette abrogation n’est pas possible – sous-entendu: à la suite d’une négociation avec l’UE –, le Conseil fédéral devrait alors résilier l’ALCP, entraînant avec lui les six autres traités contenus dans les bilatérales I.

La peur de l’étranger ne suffit plus

Avec sa nouvelle proposition – préparée et lancée avec soin un an avant les élections fédérales –, l’UDC adapte aussi son argumentaire. En 2014, la peur de l’immigration «de masse» et de ses conséquences en termes de logements ou encore de transports avait rencontré un grand écho auprès de la population. La statistique était favorable à l’UDC: l’année 2013 s’achevait, avec 89 000 personnes, sur le deuxième plus haut solde migratoire enregistré en Suisse depuis l’entrée en vigueur de la libre circulation des personnes en 2002.

La tendance s’est inversée depuis. Avec un solde migratoire de 53 221 personnes en 2017, dont 30 799 travailleurs européens, l’UDC ne peut nier que l’immigration baisse. Reste la peur de la «barque pleine» façon Ecopop. «Nous ne voulons pas d’une Suisse à 10 millions d’habitants», assène le président du parti, Albert Rösti, devant une nouvelle affiche où un nuage noir menace un pays envahi par les voitures, les gratte-ciel et les gens.

Automatisme de la clause guillotine

Autre ombre au tableau dans l’argumentaire UDC: le Brexit ne peut pas être cité comme modèle d’avenir. La première phase des négociations s’est conclue récemment. L’UE n’a rien lâché sur les quatre libertés fondamentales, piliers de l’acquis communautaire. Cela vaut aussi pour la Suisse. Par l’automatisme de la clause guillotine qui les relie, si l’Accord sur la libre circulation des personnes avec l’UE est résilié, les autres traités bilatéraux conclus en 1999 (recherche, marchés publics, obstacles techniques au commerce, agriculture, transport aérien et transports terrestres) seront donc aussi dénoncés.

L’UDC a eu de la peine à admettre l’automatisme de la clause guillotine par le passé. Elle se résout désormais à reconnaître que sa nouvelle initiative met en jeu l’ensemble des bilatérales I.

Grossier «mensonge»

De février 2014 à aujourd’hui, la cible s’est donc élargie et avec elle le discours narratif du parti. L’UDC développe deux nouvelles lignes de frappe pour s’attaquer à la voie bilatérale. Elle affirme que le peuple a été trompé et l’importance des accords bilatéraux surestimée.

En quinze ans, le peuple suisse a approuvé à cinq reprises la voie bilatérale dans les urnes, dont trois fois la libre circulation des personnes. C’est l’un des arguments brandis par la majorité du parlement pour justifier une mise en œuvre eurocompatible de l’initiative «Contre l’immigration de masse».

Mais pour l’UDC, la réalité est ailleurs. «L’autorité politique a grossièrement menti au peuple suisse en 2001 concernant les conséquences de cet accord», écrit le parti dans son argumentaire publié mardi. Il fait référence à l’expertise très erronée d’un professeur publiée avant le vote sur l’ALCP et reprise par l’administration fédérale. Une référence omniprésente dans les discours de ses ténors.

Lire aussi: Pourquoi Berne a refusé de voir la vague migratoire

Les bilatérales I «pas vitales»

Outre les pronostics migratoires qui se sont révélés à côté de la plaque, l’UDC s’emploie également à déficeler l’attachement que les Suisses entretiennent avec la voie bilatérale. En 2017, une analyse linguistique du bureau de conseil Gentinetta et Scholten montrait que, si l’importance des accords bilatéraux n’est pas combattue dans la population, le contenu de ces traités reste obscur pour de nombreux citoyens. L’UDC s’y engouffre en livrant son expertise.

Mardi à Berne, le conseiller national Thomas Matter (UDC/ZH), reprenant l’essentiel d’un argumentaire qu’il a présenté lors d’un séminaire scientifique à Zurich, a estimé que seul l’accord sur la suppression des obstacles techniques au commerce serait défavorable à la Suisse: «Cessons donc de considérer les accords bilatéraux I comme une vache sacrée. Ils sont principalement dans l’intérêt de l’UE.»

Dans le document fourni aux journalistes mardi, l’UDC se montre plus prudente. Elle reconnaît aussi des inconvénients en cas de résiliation du traité sur le transport aérien ou encore sur la recherche. Mais n’hésite pas à entretenir le flou: «Tout le monde veut des relations bilatérales avec l’UE, aussi l’UDC […]. L’UDC constate cependant que le coût de la libre circulation des personnes est plus élevé que le bénéfice que ce traité apporte à la Suisse», résume-t-elle, ouvrant une bataille d’interprétation qu’elle sait difficile à combattre pour ses contradicteurs.

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