Dans huit ans, l'hôpital unique Riviera-Chablais, construit en commun par Vaud et Valais, ouvrira ses portes à Rennaz, près de Villeneuve (VD). Un établissement de 300 lits où seront concentrés les soins aigus d'une région de 150 000 personnes, s'étendant de Vevey à Saint-Maurice. Ce scénario, que les deux cantons doivent maintenant réaliser, est celui qu'un groupe de travail intercantonal a remis jeudi aux conseillers d'Etat Charles-Louis Rochat (VD) et Thomas Burgener (VS). Tous deux en ont approuvé les grandes lignes.

Présidé par l'ancien ministre jurassien Pierre Boillat, le groupe de travail comprenait des délégués des deux hôpitaux multisites concernés par la future fusion – celui du Chablais (Monthey-Aigle) et celui de la Riviera (Vevey-Montreux), des régions et des services cantonaux de la santé publique. Sa première recommandation concerne le choix du site. S'étant entouré des plus grandes précautions «scientifiques», il préconise l'implantation à la Grange des Tilles, sur la commune de Rennaz, à proximité de l'autoroute. Sur neuf emplacements, tous vaudois, ce site a obtenu de loin la meilleure note. Le centre de gravité idéal, tel qu'identifié par l'Office fédéral de la statistique sur la base de la distance minimum à parcourir par les patients, se situerait aux abords immédiats du château de Chillon. Par ailleurs, un planning purement technique prévoit la réalisation de l'hôpital unique en huit ans, soit son ouverture pour la fin 2010.

«Alors que ce n'était au départ qu'une hypothèse de travail controversée, le principe de l'hôpital unique pour toute la région a fini par faire l'unanimité entre nous», souligne Pierre Boillat. L'idée rencontre également un «fort consensus» chez les dirigeants des hôpitaux concernés et la communauté médicale. Les présidents des hôpitaux de la Riviera et du Chablais se sont en tout cas déjà mis d'accord sur les infrastructures qui, en plus de l'hôpital unique pour soins aigus, doivent compléter le paysage hospitalier de la zone. Selon eux, deux centres de traitement, de réadaptation et de soins devraient être installés, l'un à Vevey, l'autre à Monthey. Tant les actuels hôpitaux de zone d'Aigle et de Montreux – ce dernier étant le moins à même de poursuivre une activité hospitalière – seraient convertis en EMS, voire démantelés. L'avancement du dossier Riviera-Chablais va dans le sens des politiques de planification menées par les deux cantons. Vaud doit comprendre quatre grandes zones (la région Est jouant les pilotes), le Valais trois.

«Maintenant, la politique reprend la main», a souligné le Vaudois Charles-Louis Rochat en remerciant le groupe de travail. Autrement dit la responsabilité de transformer ce projet en réalité. Les sensibilités régionales sont à vif dans le domaine hospitalier et la population n'a peut-être pas encore fait le chemin qu'ont franchi les responsables des hôpitaux. Le Chablais vaudois notamment, à travers les députés Charles-André Ghiringhelli (Aigle) et Pierre-Yves Rapaz (Bex), trouve le site choisi trop favorable à la Riviera. Ils insinuent que tout l'emballage scientifique qui l'entoure ne fait que rendre «politiquement correct» un rapport de forces qui a tourné en faveur de la Riviera.

Le Valais, lui, qui devrait financer un quart de la réalisation (environ 200 millions de francs au total), semble avoir fait son deuil d'un site sur son propre territoire. «J'ai compté qu'il n'y a que quatre minutes d'autoroute entre Aigle et Villeneuve, cela ne mérite pas une guerre», relevait Thomas Burgener à l'adresse des Chablaisiens vaudois frustrés.