Genève disposera-t-il bientôt d'un centre de congrès? Paradoxalement, cette question à 115 millions de francs a été relancée par le départ du salon Telecom à Hongkong, qui sera vraisemblablement entériné ces prochains jours par Yoshio Utsumi, secrétaire général de l'Union internationale des télécommunications. L'avenir de Palexpo, le centre de foires et expositions de Cointrin, est suspendu à ce débat.

Un jour après la recommandation du board (comité) de Telecom de quitter Genève, soit le 2 avril, une vingtaine de députés de l'Entente bourgeoise et de l'UDC ont déposé une motion. Pour «inviter le Conseil d'Etat à assurer rapidement la construction d'une solide infrastructure de congrès sur le site de Palexpo». Les députés insistent sur la nécessité pour Genève «de se doter d'un véritable projet d'avenir susceptible de maintenir et de développer sa position en tant que centre international d'expositions, de congrès et de conférences».

Une place toute trouvée

L'idée d'un centre de congrès a déjà une histoire. En 1998, le pool d'architectes et d'ingénieurs Renaud avait gagné le concours pour la construction de la Halle 6 de Palexpo. Une infrastructure indispensable pour conserver Telecom… Ce projet prévoyait aussi un centre de congrès d'une surface de 24 000 m2 offrant jusqu'à 6000 places.

La plate-forme de béton qui surplombe l'autoroute et forme le plancher de la Halle 6 a d'ailleurs été conçue pour accueillir également un centre de congrès. Quant à la toiture soutenue par une structure métallique, elle abrite déjà un espace qui serait réservé à ce centre.

Aujourd'hui, deux questions demeurent. Le canton de Genève a-t-il vraiment besoin d'un tel équipement? Et quel est le marché sur lequel Palexpo pourrait s'appuyer?

Une veine à exploiter

Les spécialistes pointent d'abord le potentiel économique gigantesque des congrès médicaux, financés pour l'essentiel par l'industrie pharmaceutique. Genève a déjà une expérience dans ce domaine. Elle a par exemple déjà accueilli l'Assemblée annuelle de la Société suisse de pneumologie et le Congrès de l'Association européenne d'urologie. Dans ce secteur, Genève dispose d'un atout majeur: elle héberge l'Organisation mondiale de la santé.

Le canton est donc susceptible d'attirer des organisateurs de congrès, comme le confirme Enrico Zuffi, responsable du marketing des congrès pour Genève Tourisme. «Nous avons une demande pour Palexpo. Mais nous avons besoin d'un auditoire capable d'accueillir 3000 personnes au minimum et des salles supplémentaires. Il faut qu'un centre de congrès soit construit avant 2008, car les organisateurs effectuent déjà des réservations pour cette échéance.»

D'autres acteurs sont également actifs dans l'organisation de congrès: les nouvelles technologies et la biotechnologie avec l'importante présence d'entreprises dans le bassin lémanique, les assurances ou encore les banques. «Si Genève se profile, il existe un potentiel de 500 millions de francs de retombées économiques pour le canton. Comme les organisateurs effectuent des tournus dans les principales villes de congrès, Genève pourrait se placer comme l'une d'entre elles», soutient Enrico Zuffi.

Concurrence internationale

Plusieurs villes se disputent le marché des congrès. Paris, par exemple, concentre à elle seule 5% de l'activité mondiale des congrès. En 2002 et 2003, 382 événements de ce type ont eu lieu dans la capitale française. Dans certains hôtels de Francfort ou de Berlin, des millions de francs ont été investis pour accueillir des conférences. Les Pays-Bas et Vienne se profilent aussi comme des concurrents sérieux.

De l'autre côté de l'Atlantique, des villes comme Miami commencent également à attirer des congressistes. Elle arrive à proposer dans un espace relativement restreint des hôtels avec de grandes salles pouvant accueillir plusieurs milliers de personnes et des centres de loisirs.

Un défi pour Genève

Face aux autres places de foires, Genève dispose d'atouts certains. La taille humaine de la ville, la proximité de l'aéroport de Cointrin et des organisations internationales, une large infrastructure hôtelière. Même si les abus de certains hôtels et intermédiaires ont provoqué une vive polémique dans le cadre de Telecom.

Par ailleurs, Genève bénéficie d'une aura au-delà de ses frontières. D'après un sondage publié dans la SonntagsZeitung, elle est la ville ou la région de Suisse la plus connue des Français, des Anglais et des Allemands.

Mais avant même d'entreprendre la construction d'un centre de congrès, Orgexpo – fondation qui s'occupe de la gestion de Palexpo – se trouve face à un autre défi: trouver un successeur à Bruno Lurati, son directeur licencié il y a deux mois. Le futur dirigeant bénéficiera d'un allié de poids, puisque Bruno Lurati avait entamé une collaboration avec Clarion, un acteur majeur au niveau mondial dans l'organisation de foires, de salons et d'expositions. Une manière de positionner Genève au niveau international.