«Un médecin cantonal ne peut avoir qu'une vision sociale de la santé», déclare le Dr Daniel Laufer, nommé récemment par le Conseil d'Etat vaudois pour occuper ce poste dès le 1er mai. Des propos qui rassureront peut-être ceux qui craignent que le nouveau venu ne comprenne son prochain rôle comme celui d'un ambassadeur de la corporation médicale au sein de l'Etat. La nomination de Daniel Laufer, en décembre, a surpris: pédiatre, médecin hospitalier à Nyon, bien connu dans le milieu médical vaudois, l'intéressé n'a en revanche ni formation ni expérience en santé publique.

Non pas que le Conseil d'Etat n'ait pas eu le choix. La commission de sélection, présidée par Marc Diserens, le chef du Service cantonal de la santé, avait du reste recommandé un candidat considéré comme une grande pointure de la santé publique, travaillant depuis dix ans aux Etats-Unis après ses études vaudoises. Avec l'idée qu'un homme neuf et un regard extérieur ne pouvaient que faire du bien au canton. Mais le chef du Département de la santé publique, Charles-Louis Rochat, suivi par l'ensemble du collège, a opté pour un autre profil. Il a choisi avec le Dr Laufer un homme de terrain, très impliqué dans le réseau des médecins vaudois, dont il a lui-même présidé l'association faîtière.

Le choix du Conseil d'Etat devrait déboucher logiquement sur une nouvelle répartition des rôles au sein de la santé publique cantonale. Par contraste avec le chef du Service de la santé, qui est déjà au front pour tout ce qui concerne les réformes de structures et la définition d'une nouvelle carte sanitaire, l'actuel médecin cantonal, Jean Martin, a surtout développé durant ses dix-sept ans de maison le profil d'une autorité morale de référence. S'il a joué un rôle important dans l'organisation du service des urgences, ce passionné d'éthique s'est surtout fait connaître par sa participation à de prestigieux cénacles – y compris récemment la Constituante vaudoise – et ses chroniques pleines de bon sens dans la presse quotidienne.

Le nouveau médecin cantonal devra, lui, travailler en plus étroite collaboration avec l'état-major de la Santé publique, qui devrait ainsi acquérir une forme de direction bicéphale. Le département attend notamment de lui qu'il aide à «vendre» sur le terrain une politique sanitaire et hospitalière qui suppose toute une série de décisions difficiles et susceptibles d'entraîner de fortes résistances, médicales notamment. Dans ce domaine, le Dr Laufer a déjà rendu des services: en 2000, lors de la bataille des petits hôpitaux, il était monté à la vallée de Joux pour défendre avec son point de vue de médecin le bien-fondé de la politique de fermeture gouvernementale.

Daniel Laufer, 52 ans, a fait ses études à Lausanne, avant de poursuivre sa formation par des stages dans les hôpitaux universitaires de Bâle, Genève et Toronto. Il a été chef du service de pédiatrie puis médecin agréé à l'hôpital de zone de Nyon. Il admet que son manque de formation spécifique en santé publique est un handicap, mais «relatif»: «La santé publique n'est pas le fait du seul médecin cantonal, mais de tout un réseau», note-t-il. Le contrôle des coûts sera dans les années à venir l'enjeu principal des politiques de santé. Dès lors, comme médecin de référence et connaisseur du terrain, il s'efforcera d'empêcher que des décisions politiques de rationalisation voire de rationnement n'entraînent des effets nuisibles à moyen et long terme. Comme le moratoire sur l'ouverture des nouveaux cabinets. La Société vaudoise de médecine (SVM), qui considère qu'il y a déjà bien assez de théoriciens dans le département, se félicite de l'option prise par le Conseil d'Etat. «Alors que les restructurations sanitaires et hospitalières à venir ne manqueront pas de provoquer de forts affrontements entre les technocrates et le terrain, c'était vraiment le meilleur choix», assure Charles-Abram Favrod-Coune, son président.