Quand l'avis de tempête est financier même un projet souterrain risque son avenir. Annoncés la semaine dernière, les 390 millions de francs du déficit vaudois de l'an 2000 s'avèrent un grain redoutable pour les futurs six kilomètres de voie d'un métro lausannois devisé à près de 650 millions. Dans les couloirs du Grand Conseil, et en particulier dans les bataillons parlementaires radicaux et libéraux, les doutes les plus sérieux sur la nécessité d'engager rapidement une telle dépense s'expriment désormais. Des doutes qui n'épargnent d'ailleurs pas d'autres investissements, comme le nouveau Musée des beaux-arts imaginé à Ouchy (54 millions), voire l'usine d'incinération Tridel (291 millions dont 96 à la charge du canton) dont le crédit doit incessamment être soumis aux députés.

Président de la commission des finances du Grand Conseil, le radical Pascal Broulis n'hésite pas à prononcer l'avis de décès de ces grands projets: «A mon avis ils sont raides pour l'instant.» Pour lui tout doit être fait pour ne pas alourdir encore une dette de 6,5 milliards de francs, dont les intérêts ont déjà coûté 327 millions l'an dernier (en hausse de 57 millions, soit 20%). Dans cette perspective, le métro en particulier souffre d'une tare rédhibitoire, celle de ne bénéficier d'aucun subside de la Confédération: «Tant que Berne n'a pas une vision claire de son action pour le trafic d'agglomération, il faut attendre» tranche Pascal Broulis. Une position qui n'est pas marginale dans le Grand Conseil où un postulat en ce sens a été déposé par l'UDC André Delacour. Président du groupe radical, Eric Golaz est sur la même longueur d'onde: «Avec des comptes comme ceux-ci, il faudra probablement mettre un frein aux élans du métro.»

Chez les libéraux, l'ambiance est tout aussi sombre: «Dans le contexte actuel, le M2 me semble sérieusement compromis» estime Dominique Kohli, président de leur groupe parlementaire. La mauvaise situation financière du canton lui paraît s'ajouter aux doutes que le choix d'un véhicule sur pneus a longtemps suscités, à la mise à l'écart du groupe Bombardier qui détient pourtant une usine à Villeneuve, et aux oppositions que le choix du tracé génère encore. «Même si le Grand Conseil accepte le crédit, cela fait beaucoup pour espérer un succès en votation populaire.» Car le métro, et ce n'est pas là son moindre souci, doit convaincre les citoyens depuis que toute dépense de plus de 20 millions de francs leur est automatiquement soumise.

«Trop attendre, c'est abandonner»

Conseiller d'Etat en charge du Département des infrastructures l'écologiste Philippe Biéler s'insurge contre la tentation de reporter le M2 à «des jours meilleurs». «Ces mauvais comptes installent un amalgame. Des investissements sont remis en cause alors que c'est le fonctionnement du canton qui crée le déficit.» Il rappelle que des crédits d'étude totalisant 18,5 millions ont été massivement votés alors que Vaud était déjà dans les difficultés. «Décaler le projet briserait la dynamique d'une quantité d'acteurs, à commencer par les entreprises qui ont soumissionné.» Chargé de la communication du M2, Pierre Imhof est encore plus tranchant: «Un véritable engagement de la Confédération demanderait une modification constitutionnelle, soit au moins une demi-douzaine d'années. Attendre autant ne serait pas un simple report, mais un abandon». Entre-temps, il faudrait investir pour maintenir en état le vieux Lausanne-Ouchy et repenser le réseau des bus, ce qui – en cascade – imposerait une nouvelle réflexion sur tout le projet le jour où il redeviendrait d'actualité.

Reste l'hypothèse d'un report plus bref. C'est celle du municipal lausannois et député vert Daniel Brélaz: «Temporiser un an serait politiquement censé. Cela permettrait de vérifier si les comptes 2001 sont une tendance lourde ou un accident, et d'arriver après les élections, dans une période plus propice à un dossier comme celui-ci.» En pleine réflexion sur le dossier du M2, le Conseil d'Etat pourrait y voir une solution, allégeant du même coup un calendrier de votation qui s'annonce particulièrement chargé en fin d'année.

Les hésitations s'avèrent moins sérieuses autour du projet d'usine d'incinération Tridel. Dans un canton qui n'incinère que 20% de ses déchets sur son sol, la nécessité d'agir semble largement admise. Si le Musée des beaux-arts est loin de ressembler à une priorité, il n'est enfin pas davantage au stade de lourdes dépenses. Devant le parlement vaudois un crédit d'étude limité – de l'ordre de 250 000 francs – garde ses chances. Pour la réalisation, les débats seront plus âpres.