Ses débuts en tant que nouveau «Monsieur Suisse» de la Commission auront été pour le moins tonitruants. Mardi soir, le vice-président de la Commission, Maros Sefcovic, a confirmé qu’il prenait bien les rênes du dossier bilatéral. Mais le Slovaque de 55 ans, qui gère actuellement la prospective stratégique et s’occupe aussi de l’Irlande du Nord après le Brexit, a surtout très vite annoncé la couleur: la Suisse devra faire des «propositions concrètes et crédibles», notamment sur le règlement des litiges, et commencer à réfléchir à la future contribution de cohésion, alors qu’elle ne paie pas ses dettes depuis 2012 et dispose d’un niveau de prospérité similaire à la Norvège…

Si ces demandes ne sont pas absolument neuves, notamment pour Livia Leu qui les avait entendues vendredi à Bruxelles, Berne ne s’attendait peut-être pas forcément à ce que «Big Maros», comme certains l’appellent compte tenu de sa taille, rentre aussi vite dans le vif du sujet. Encore moins qu’il parle déjà publiquement d’argent futur alors que le parlement est affairé à débloquer un versement.

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Pas là pour faire des cadeaux

Une erreur de débutant? Pas sûr. Si le style de Maros Sefcovic diffère d’une Stéphanie Riso, la fonctionnaire française qui a tenté de sauver l’accord-cadre, ou d’un Michel Barnier, l’ADN «UE» de celui qui effectue aujourd’hui son 5e mandat à la Commission depuis 2009 est exactement le même que celui de ces derniers.

Ce natif de Bratislava, ayant tenté sans succès la présidentielle dans son pays en 2019, ne dérogera pas aux principes communautaires. Mais il «dira non en souriant», commente Jean Russotto, avocat à Bruxelles.

S’il est «moins connu que Barnier, il incarne vraiment la continuité» de l’institution et la «connaît par cœur», dit un collègue. Les interlocuteurs ne devront donc pas se faire d’illusions: ce personnage très sportif – il serait le seul à utiliser la salle de sport de la Commission avec la présidente –, et d’abord plutôt chaleureux, ne sera pas là pour faire des cadeaux.

L’homme passe malgré tout beaucoup mieux côté britannique que Michel Barnier et a d’assez bons contacts avec le ministre David Frost. «Il est plus calme», dit ce collègue.

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«Laser eye»

Et si le profil de Maros Sefcovic reste celui d’un pur eurocrate, et même d’un «apparatchik» pour être trivial (un membre de l'appareil politique de l’Union soviétique) – il a été formé au Moscow State Institute of International Relations et a pris une carte au Parti communiste slovaque en 1987 –, il sait aussi voir la «big picture», pousser des solutions, parfois plus flexibles, certaines propositions pour faciliter la vie des Nord-Irlandais lui étant attribuées. C’est aussi lui qui avait accompagné en 2019 un accord sur le gaz entre Kiev et Moscou. Celui qui est encore appelé «laser eye», tant il fait attention à des détails que personne ne voit, pourrait aussi assez facilement ouvrir sa porte pour des entrevues.

Mais cela suffira-t-il? Sympathique ou pas, il travaillera dans un cadre contraint, sans grande marge de manœuvre. Sans direction générale derrière lui, son cabinet travaillera en coordination avec le secrétariat général de la Commission, connu pour abriter des «faucons», et devra rendre compte à Ursula von der Leyen.

Il pourrait aussi collaborer avec un homme que les Suisses connaissent déjà. En l’occurrence Richard Szostak, qui gère actuellement la task force Brexit à la Commission, et qui, en tant qu’homme fort de Jean-Claude Juncker sur le dossier suisse avec Martin Selmayr, n’a pas laissé à Berne que des souvenirs tendres.