EUROPE

Le Nouveau mouvement européen suisse entame une longue traversée du désert

Les militants du NOMES n'ont d'autre choix que de maintenir la flamme en attendant que l'adhésion à l'Union européenne s'impose de l'extérieur.

Il y a de cela une année, le Nouveau mouvement européen suisse (NOMES) vivait dans la fébrilité les différentes étapes, mouvementées, du traitement par le parlement de son initiative «Oui à l'Europe!». Au début juin, les militants pouvaient encore croire que l'adoption d'un contre-projet ouvrirait la voie à un vaste débat sur la question de l'adhésion à l'Union européenne (UE). On sait ce qu'il en est advenu. Après le refus des Chambres d'opposer un contre-projet à l'initiative, celle-ci devait rencontrer le 4 mars dernier un sec refus du peuple et de tous les cantons. Cette débâcle fut, pour le mouvement, le début d'une période de déprime et de départs.

Démobilisation

Un certain nombre des membres qui s'étaient prononcés en faveur d'un retrait de l'initiative, notamment, sont partis. Le NOMES est depuis lors largement démobilisé. Samedi, son assemblée devrait prendre acte de son échec et réviser ses ambitions à la baisse, tout en absorbant Renaissance Suisse Europe. Le parti proeuropéen fondé par le Vaudois François Cherix, qui n'a jamais réussi à obtenir d'élu, va se fondre dans le NOMES, qui regroupera ainsi tous les mouvements militants pour l'adhésion à l'UE, au moment précisément où celle-ci paraît plus éloignée que jamais. Le renfort est modeste mais bienvenu.

Militer en faveur de l'adhésion à l'UE demande, en ce moment, un cœur bien accroché. Il faut bien la foi du président du NOMES, le radical biennois Marc Suter, qui n'envisage pas de renoncer à sa fonction, pour ne pas céder au découragement. Il est à peu près le seul au parlement à oser parler encore de l'adhésion à l'UE, un sujet tabou que nul ne se risque plus à évoquer depuis le 4 mars.

Marc Suter affiche même une étonnante sérénité après la catastrophe du mois de mars: «Nous devons être constructifs et ne pas jouer les mauvais perdants, nous ne pouvons pas attendre les bras croisés d'avoir raison.» Il y a tout de même 600 000 personnes qui ont dit oui le 4 mars, plus tous ceux qui ont dit non, mais… Il aurait pourtant de bonnes raisons d'être amer. Le NOMES a néanmoins l'impression d'avoir joué les boucs émissaires pour la politique du Conseil fédéral et d'avoir été lâché par tout le monde, par l'économie comme par les milieux politiques. Le mouvement avait investi 1,2 million de francs dans la campagne pour le 4 mars et traîne encore une dette de 200 000 francs.

Marc Suter admet qu'une époque est terminée, qu'une page est tournée et que son mouvement entame une traversée du désert. Il faut reconnaître, concède le président du NOMES, que l'idée d'accélérer les choses qui était portée par l'initiative «Oui à l'Europe!» est aujourd'hui morte, comme est mort l'enthousiasme de militants s'engageant malgré des moyens matériels dérisoires. Un élan a été brisé le 4 mars. La mission du mouvement est désormais de maintenir la flamme. Il faut bien que quelqu'un continue à incarner la vocation de la Suisse à adhérer à l'UE, une adhésion dont Marc Suter n'a jamais cessé d'être persuadé qu'elle est inéluctable. Il faut montrer qu'un noyau de convaincus existe et maintenir les bonnes relations que le mouvement entretient avec la Commission européenne, commente le président. Le NOMES a dans ces conditions vocation à se transformer en centre de compétences pour les relations avec l'UE et l'observation du développement de l'UE dans l'optique de la Suisse. Le mouvement commente ainsi sur son site Internet le refus des Irlandais, par référendum, de souscrire au Traité de Nice.

Le NOMES doit aussi se reconstruire une crédibilité. Jusqu'au 4 mars, admet Marc Suter, on a vécu dans la fiction d'un monde beaucoup plus favorable à l'adhésion qu'il ne l'était en réalité, en fermant les yeux sur l'importance de l'opposition et les difficultés de la démarche. Au moins les choses sont-elles maintenant claires. On ne peut faire autrement que d'attendre que l'économie admette enfin que l'adhésion est inéluctable, tout en soutenant toute manifestation d'ouverture dans la politique gouvernementale. L'Europe bouge, se rassure Marc Suter, désormais persuadé que l'élan décisif ne peut venir que de l'extérieur. On sent que les années d'attente n'entameront pas la confiance du président du NOMES. Mais les militants auront plus de peine, dans ces conditions, à garder la flamme.

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