L'année qui commence sera cruciale pour le canton de Fribourg. Autant au plan du fonctionnement de ses institutions, des personnalités qui représenteront le canton et les communes, que du développement des infrastructures appelées à stimuler l'essor économique de la région, 2001 représente une période de profonds changements.

Police de sûreté

La publication, sans doute fin janvier, du rapport de la juriste neuchâteloise Barbara Ott sur le fonctionnement, ou plutôt le dysfonctionnement, de la police de sûreté, sera très certainement suivi de décisions du Conseil d'Etat. Si, comme on peut s'y attendre, Barbara Ott constate l'existence de relations durables trop étroites entre le milieu de la prostitution et plusieurs fonctionnaires de police, au vu et au su d'un grand nombre d'agents de la force publique, une profonde réforme de la police devra être engagée, sur le modèle de la modernisation d'autres corps de police romands.

Une telle réforme engloberait notamment un système de rotation des fonctions empêchant les «tentations» de policiers trop longtemps au contact des milieux interlopes. Il n'est pas exclu que cette réforme touche également le commandant de la police, Pierre Nidegger, acquitté au bénéfice du doute, en décembre 2000, de l'accusation de faux témoignage.

Ce type de décision, à caractère politique, sera entouré de verdicts judiciaires. 2001 marquera le début de la fin du dossier Paul Grossrieder par l'arrêt du Tribunal cantonal en appel de l'acquittement, au bénéfice du doute, du chef de la brigade des stupéfiants licencié en novembre 2000. L'ancien chef de la sûreté, Peter Baeriswyl, devra certainement répondre devant la justice de l'accusation d'entrave à l'action pénale.

Ouverture de l'autoroute A1

L'inauguration du tronçon Estavayer-Yverdon de l'autoroute A1 aura lieu le 5 avril. Ce nouvel axe fait naître l'espoir d'un développement économique de la région décentrée de la Broye, vaudoise et fribourgeoise, sur le même modèle de désenclavement industriel qu'a connu la Gruyère avec le passage de la N12 entre Vevey et Fribourg au début des années 1980. «Ce lien rapprochera la Broye de toute la Suisse et de l'Europe», constate, avec enthousiasme, le porte-parole du gouvernement fribourgeois. L'effet d'aimant économique et de mobilisation régionale se fait déjà sentir avec l'implantation d'entreprises le long de ce nouveau tracé et le développement de l'aérodrome militaire de Payerne à des fins commerciales.

Équilibre des grands travaux

Extension de l'Université, construction d'écoles, réalisations de lourdes infrastructures routières: Fribourg poursuivra l'an prochain un effort de rattrapage rendu nécessaire par la nette croissance démographique d'une région qui a longtemps souffert de l'émigration. Le subtil équilibre régional voulant que la manne cantonale soit particulièrement bien répartie entre la Gruyère et l'agglomération fribourgeoise sera sans doute compromis. L'intention du gouvernement était de soumettre le même jour en votation populaire deux grands projets routiers: le pont de la Poya à Fribourg (80 millions de francs), et l'évitement de Bulle (230 millions). Cette procédure, destinée à empêcher un vote régionaliste bloquant les deux projets, est remise en question. Le pont de la Poya, dont l'agglomération rêve depuis 30 ans, est à nouveau englué dans de fortes oppositions alors que les machines de chantier, en cas de vote populaire favorable, peuvent entrer en œuvre rapidement à Bulle.

Des élections à profusion

Elections communales en mars, cantonales en octobre: Fribourg élira en 2001 ses nouveaux dirigeants pour cinq ans. En ville de Fribourg la bataille sera pimentée par la constitution d'un Conseil communal composé de cinq membres permanents, avec l'entrée en lice de Jean-François Steiert, ancien secrétaire du Parti socialiste suisse. Au niveau cantonal, les observateurs s'attendent à un renouvellement du Parti démocrate-chrétien avec le départ de un ou deux de ses trois représentants. Le siège du socialiste Claude Grandjean, est en outre menacé par la mauvaise gestion des «affaires» de la police et de la justice.

Bilinguisme remodelé

Qu'Augustin Macheret soit aux commandes ou non de l'Instruction publique en décembre 2001, la question de l'enseignement bilingue reviendra sur le tapis après le faible refus du projet d'immersion scolaire bilingue par le peuple le 24 septembre 2000. Il s'agira notamment de réconcilier ceux qui exigent un arrêt immédiat des expériences pilote, et ceux qui souhaitent un nouveau projet permettant de poursuivre ou de réorienter au niveau cantonal l'apprentissage bilingue français-allemand pratiqué dans certaines communes. L'adhésion d'un grand nombre d'enseignants au projet sera, cette fois, indispensable au succès d'une opération qui s'avère d'ores et déjà politiquement délicate.

Agglomération

Menacé d'enlisement malgré un net soutien populaire, le projet de constitution d'une structure politique regroupant dix communes de l'agglomération fribourgeoise décollera en 2001. Une assemblée constitutive de 39 membres sera désignée après les élections communales. Un groupe de travail devra toutefois déterminer s'il convient de modifier la loi afin de ne plus obliger certaines communes réticentes, comme Marly, Guin ou Tavel, à faire partie d'une communauté de destin décidée à la majorité des deux tiers.