Près de 2000 Suisses viennent de répondre aux questions d’un sondage commandé par la Confédération. Sur un sujet sensible: le racisme et les discriminations en Suisse.

Sollicité, entre autres, par l’Office fédéral de la statistique (OFS), David Sadigh, actif dans la communication et le marketing, a ainsi dû répondre à cette question parmi d’autres: «Veuillez indiquer si vous êtes tout à fait, plutôt, plutôt pas ou pas du tout d’accord avec les affirmations suivantes que l’on entend parfois au sujet des personnes musulmanes: partout où ils vivent, les musulmans cherchent à imposer la charia, c’est-à-dire cet ensemble de règles basées sur une interprétation stricte des textes religieux.» Les sondés doivent également attribuer une note allant de 1 à 6 à plusieurs caractéristiques attribuées aux personnes noires ou de confession juive. Ils sont interrogés sur leur perception des migrations, des politiques d’intégration, d’éventuelles expériences de discrimination ou de violences.

Passé son étonnement, David Sadigh trouve l’exercice tout à fait opportun. «Une telle étude peut être un magnifique outil de pilotage si elle est suivie d’actions concrètes», estime-t-il. Quels sont les préjugés les plus ancrés? Quelle catégorie de la population pense quoi? Y a-t-il des endroits en Suisse plus sensibles à ces questions? «J’espère que ces données seront exploitées pour ensuite optimiser la politique d’accueil et d’intégration», poursuit-il.

Xénophobie au travail

Les questions peuvent effectivement interpeller mais elles ont un but: recenser, de manière systématique et sur la durée, les tendances racistes et discriminatoires en Suisse. Ainsi, un premier monitorage de ce type a été effectué en 2010, 2012 et 2014. Présentée début 2015, l’enquête «Vivre ensemble» a surtout montré à quel point l’actualité pouvait influencer les sentiments islamophobes en Suisse car les données ont fortement évolué d’une année sur l’autre. L’étude estimait cependant que la Suisse devait faire face à une base stable d’opinions très hostiles à l’égard des musulmans de 18 à 19%. Autre constat relevé par les chercheurs: la xénophobie trouve un terreau particulièrement fertile sur le lieu de travail.

A voir si les résultats de l’enquête en cours pourront être comparés avec ceux de la précédente car il s’agissait d’une phase pilote d’un projet à long terme. La manière de procéder a maintenant changé et répond aux standards de l’OFS. Si 2000 réponses ont déjà été enregistrées, l’office table sur une participation de 3000 sondés, sollicités selon une procédure stricte de tirage au sort aléatoire mais garantissant la représentativité de la société.

«Dans un contexte marqué par la diversité, l’enquête sur le vivre ensemble en Suisse a pour objectif de présenter une image fiable des enjeux soulevés par la cohabitation des différents groupes vivant actuellement dans le pays», relève l’OFS. Et de confirmer qu’il ne s’agit pas que de théorie: «Les données collectées servent de base pour l’observation des changements sociaux et pour des analyses approfondies. Elles permettent notamment de mieux orienter les politiques en matière de vivre ensemble, la politique d’intégration et la politique de lutte contre la discrimination.» Les premiers résultats de l’enquête devraient être présentés à la fin de cette année.