Le programme d'armement 2005, qui s'élève à 1,02 milliard, a fait l'objet d'une vive controverse ces dernières semaines en raison de l'achat pour 310 millions de 20 hélicoptères de type Eurocopter. Certains observateurs s'attendaient ainsi à voir le ministre de la Défense Samuel Schmid subir, après le refus par le parlement d'acquérir deux avions de transport Casa, un nouveau revers devant la Commission de politique de sécurité du National (CPS), appelée à se prononcer mardi sur les neuf équipements qu'il propose d'acheter. Il n'en a rien été. Le programme d'armement a été adopté par 15 voix contre 5 et 3 abstentions, alors que les hélicoptères ont été approuvés par 16 voix contre 3 et 6 abstentions.

A l'ouverture de la séance de la commission, de nombreux membres étaient dans le doute. L'Eurocopter est-il meilleur que son concurrent direct, l'italien Agusta, que le chef de l'armée, Christophe Keckeis, et Samuel Schmid avaient écarté lors de la procédure d'évaluation? Est-il normal que celle-ci n'ait duré que deux mois et que seule la version civile de l'Eurocopter ait été testée? Pourquoi la version militaire dont l'armée souhaite s'équiper coûte-t-elle 10 millions l'unité alors qu'Air Zermatt a acheté un Eurocopter civil pour 6 millions?

Ces questions ont été soulevées dans un corapport déposé au début de l'été par une sous-commission financière du National et relayées dans la presse. Le Département de la défense s'est refusé à les commenter et a réservé ses réponses aux membres de la CPS. Celles-ci ont été fournies mardi. Elles ont calmé les ardeurs de nombreux sceptiques, puisque seuls trois élus de gauche (les écologistes Jo Lang (ZG) et Pia Hollenstein (SG) et la socialiste neuchâteloise Valérie Garbani) ont boudé les hélicoptères, alors que cinq autres socialistes et l'UDC Roland Borer (SO) se sont abstenus.

La CPS ne s'est pas estimée en mesure de comparer les qualités de l'Eurocopter à celles de l'Agusta. Elle est cependant convaincue de la nécessité de remplacer les 35 Alouette III en service depuis quarante-cinq ans. Pour le reste, elle fait confiance aux militaires, qui considèrent que l'appareil produit par le groupe EADS correspond aux besoins de l'armée. Samuel Schmid a d'ailleurs expliqué que ce choix n'était en aucun cas une compensation pour l'abandon de l'avion Casa, produit par le même groupe. Il a cependant assuré que le constructeur offrirait des contre-affaires à l'industrie suisse.

La commission s'est aussi laissé convaincre que la différence de prix était peu significative. La majoration de 40% par rapport à la version civile de l'engin s'explique par les 31 modifications qui lui sont apportées (double cockpit, châssis renforcé, points d'ancrage pour armes de tir, etc.). Les critiques portant sur la procédure d'évaluation se sont en bonne partie évanouies. «Il ne sert à rien de faire durer ces évaluations des années comme par le passé», explique le président de la CPS, Edi Engelberger (PRD/NW). «Pour ma part, j'ai appris que, avec les technologies modernes, les constructeurs ne pouvaient plus présenter d'appareils tout équipés avant de passer commande», concède Boris Banga (PS/SO), qui juge néanmoins le programme d'armement surdimensionné et regrette que la majorité de la CPS «croie Samuel Schmid comme on croit à l'église». Roland Borer reste d'avis qu'«on n'a pas examiné à fond ces hélicoptères, qui ne sont en service nulle part dans le monde» à l'exception de l'armée jordanienne. Pour sa part, Josef Lang aurait voulu que la CPS mène une discussion sur l'avenir de l'armée, «qui se trouve comme dans le Val Pagaille de Dürrenmatt», avant de voter ces crédits.

Les explications apportées ont ainsi convaincu la majorité de la commission de soutenir l'achat des vingt Eurocopter. «Je suis satisfait. Mais je regrette que l'information soit restée lacunaire jusqu'à notre séance. La sous-commission financière n'avait pas suffisamment d'éléments en main lorsqu'elle a rédigé son rapport critique. Ce n'est pas sérieux», commente Didier Burkhalter (PRD/NE). «Et il est indigne que le parlement ait à se prononcer sur le choix de l'entreprise. Cela met les élus sous la pression de ces fournisseurs», poursuit-il.