Est vaudois

Nouveaux remous à la Fondation de Nant

La directrice médicale de l’institution de soins psychiatriques a été licenciée à la fin de 2018. Un départ abrupt qui questionne pour une structure qui sort à peine d’une profonde crise

La Fondation de Nant est de nouveau ébranlée. A la fin de l’année dernière, la docteure Alessandra Canuto, directrice médicale de l’institution qui gère depuis les années 1980 l’ensemble des soins psychiatriques publics de l’Est vaudois, a été licenciée et relevée de ses fonctions avec effet immédiat, a appris Le Temps. Des divergences de vues et un conflit de personnes en seraient la cause, selon nos informations.

Cette séparation douloureuse a choqué et déstabilisé à l’interne, mais a également «surpris» à l’extérieur, au sein de la Direction générale de la santé du canton de Vaud. «Nous avons appris en temps réel que l’institution était en train de remercier Madame Canuto», reconnaît le médecin cantonal Karim Boubaker. Dans les jours qui ont suivi l’annonce, les responsables de la fondation ont été invités par le canton à venir s’expliquer. Le poste de directeur médical est stratégique et conditionne en effet l’autorisation d’exploiter un hôpital délivrée par l’Etat.

«No comment» de la fondation

Le départ précipité d’Alessandra Canuto tombe aussi à un moment sensible. La Fondation de Nant s’apprête à intensifier sa présence aux urgences psychiatriques de l’Hôpital Riviera-Chablais Vaud-Valais dans le cadre de l’ouverture du tout nouveau Centre hospitalier de Rennaz prévue pour le 1er juillet prochain.

Contactée, la Fondation de Nant ne tient pas à s’étendre sur les raisons du départ de sa directrice médicale. «Nous ne souhaitons pas communiquer sur les conditions de l’arrêt de la collaboration avec la docteure Canuto, confirme son directeur général, Christian Moeckli. Les mesures nécessaires ont été prises et nos différents projets se poursuivent comme prévu. Des réflexions sont en cours pour le renouvellement et la redéfinition du poste.» L’homme assure enfin que cette séparation n’a rien à voir avec la crise qui a profondément ébranlé l’institution en 2015 et «qui est aujourd’hui derrière nous».

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9 sites dans le canton de Vaud

Gérant pas moins de neuf sites allant de Vevey à Château-d’Œx, en passant par Aigle, la Fondation de Nant sort à peine d’une période de fortes turbulences. Arrivée il y a moins de trois ans en provenance des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), la psychiatre Alessandra Canuto faisait d’ailleurs partie de la nouvelle équipe de direction qui devait apaiser la situation et donner un nouvel élan à un établissement en crise.

Pour rappel, le 9 février 2015, une quarantaine de psychiatres et psychologues de l’Arc lémanique sortent de leur réserve et tirent la sonnette d’alarme dans une lettre ouverte adressée notamment aux autorités cantonales. Ils mettent en cause la sécurité des patients à la Fondation de Nant et pointent du doigt les départs abrupts – démissions ou licenciements – de nombreux cadres. A cette période, la structure est en outre ébranlée par deux plaintes pénales pour homicide par négligence déposées par des familles à la suite du décès de deux patients (un suicide et une overdose). Des affaires largement médiatisées.

Un audit sévère en 2015

Dès le lendemain de cette lettre, le 10 février 2015, une séance réunit responsables de la fondation et représentant de la Direction générale de la santé du canton. Le conseiller Pierre-Yves Maillard s’engage alors personnellement dans le dossier, chargeant le médecin cantonal Karim Boubaker d’un audit.

Rendu le 8 mai 2015, le rapport est sévère. Il conclut: «La charge de travail est lourde et la hiérarchie ne répond pas pleinement aux besoins et attentes du personnel. Ce fonctionnement peut affecter la sécurité des collaborateurs et des patients.» Le 1er janvier 2016, un nouveau directeur général, Christian Moeckli, un ancien directeur d’Eben-Hézer, entre en fonction avec l’objectif de sécuriser la prise en charge des patients. Un plan d’actions 2018-2022 est lancé.

«La situation actuelle reste différente de l’épisode de crise de 2015, relève Karim Boubaker. Depuis l’audit, un suivi a été mis en place. Et la Fondation de Nant, qui demeure une structure privée [une exception dans le canton, où les trois autres zones sont pilotées directement par le CHUV, ndlr], a évolué dans le bon sens et est devenue un partenaire fiable.» Le médecin cantonal note néanmoins que l’Etat restera attentif quant à la suite des événements.

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