Harcèlement

De nouveaux témoignages détaillent les dérapages à répétition de Yannick Buttet

A la suite des derniers développements de l’affaire Buttet, six femmes, dont quatre conseillères nationales, ont choisi de transmettre par écrit des descriptions précises des comportements du conseiller national au «Temps». Trois des élues ne s’étaient encore jamais exprimées

Une Valaisanne de 20 ans décrit: «Alors que nous étions tous ensemble, Yannick Buttet m’a emmenée un peu à l’écart. Il a alors tenté de m’embrasser à plusieurs reprises. Il a également agrippé violemment mes fesses en me tirant contre lui, tout en me tenant des propos dégueulasses. Je l’ai repoussé. Revenu parmi les autres, il a fait comme si de rien n’était.» La scène se déroule en 2016, dans «une fête valaisanne bien connue». Elle est représentative des nombreux témoignages recueillis par Le Temps ces dernières semaines.

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Une journaliste relate une soirée dans un bar de Berne: «Yannick Buttet m’a invitée à danser et s’est rapidement montré très insistant. Il s’est collé contre moi et j’ai senti chaque centimètre de son corps. Il m’a d’abord touché la joue, puis a passé la main sous ma chemise. J’ai essayé plusieurs fois de le repousser, mais je n’y arrivais pas. Il me retenait très fortement. Je n’ai jamais ressenti une telle pulsion. C’était presque animal. Je n’ai réussi à lui échapper qu’en le repoussant violemment.»

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Un dossier déjà chargé

Ces témoignages s’ajoutent à un dossier déjà chargé. Le 29 novembre dernier, Le Temps révélait que le conseiller national démocrate-chrétien Yannick Buttet faisait l’objet d’une plainte pénale en Valais, après avoir été interpellé dans le jardin d’une femme. Plusieurs élues dénonçaient son comportement inapproprié à Berne. Le Valaisan a démissionné de la vice-présidence du PDC Suisse et a quitté temporairement tous ses mandats électifs, le temps de soigner un problème d’alcool. Dans les médias, il s’excuse et se défend: «Je suis peut-être un gros lourd, mais pas un harceleur.»

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Anonymat des victimes

Depuis plusieurs semaines, un débat sur le harcèlement agite le parlement et le pays. Pour avoir parlé, l’UDC Céline Amaudruz a essuyé des critiques dans son propre parti. A la suite des derniers développements de l’affaire, quatre conseillères nationales ont choisi de transmettre leurs témoignages au Temps, par écrit. Toutes souhaitent rester anonymes. Trois d’entre elles ne s’étaient encore jamais exprimées dans la presse. Parfois, elles n’ont pas même fait part de ces événements à leur famille. Elles représentent trois partis différents, de droite et de gauche.

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Pour la première, «vu la tendance actuelle à minimiser, voire à nier les comportements de Yannick Buttet, il est important de témoigner pour montrer la réalité des faits». Elle insiste: «Je ne veux pas parler à visage découvert car je n’ai pas envie qu’on se demande si j’ai fait quelque chose pour provoquer ce comportement.»

Nous ne pouvons pas nous taire et protéger une personne qui a de tels comportements, même si c’est un élu

La seconde explique sa démarche: «Si je témoigne à visage découvert, je serai vue comme une victime et non comme une politicienne prise au sérieux et spécialiste de ses dossiers; ce qui arrive aujourd’hui à Céline Amaudruz montre la tourmente médiatique dans laquelle nous pouvons être emportées.» Pour elle, «il est important de témoigner pour prouver la gravité des faits: nous ne pouvons pas nous taire et protéger une personne qui a de tels comportements, même si c’est un élu.»

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La troisième clarifie: «Le comportement de Yannick Buttet a une systématique que l’on ne peut comprendre que si nous montrons la quantité et la régularité des cas; connaître l’identité des victimes concernées n’est pas essentiel pour cela.» Au total, huit parlementaires fédérales se plaignent désormais des agissements de l’ancien vice-président du PDC suisse. Contacté, ce dernier n’a pas répondu aux sollicitations du Temps.

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Quatre témoignages

Juin 2013

«Un soir, après une grillade entre collègues, nous étions plusieurs jeunes parlementaires à danser ensemble sur de la musique. Yannick Buttet était ivre et dans un état second. Sur la piste de danse, il faisait des gestes déplacés et érotiques contre les femmes présentes. Il essayait sans cesse de regarder sous ma robe. A un moment, il a levé ma robe et il a tenté de me toucher. Deux collègues sont alors intervenus et lui ont demandé d’arrêter. Un collègue l’a ramené à son hôtel.»

Septembre 2014

«Yannick Buttet danse de façon sauvage et obscène. Il m’approche plusieurs fois par-derrière, se serre contre moi, essaie de m’embrasser sur la nuque et me touche partout. Il a fallu l’aide d’un autre conseiller national pour me débarrasser de son enlacement. Ensuite, il danse encore et il tente la même chose avec d’autres femmes.»

2015

«Je dois faire un effort pour surmonter mes émotions. C’était un jeudi soir avant les élections, dans une discothèque bernoise. Il faut reconnaître que Yannick Buttet était très ivre. Il s’est frotté contre moi par-derrière. Il avait une érection. La pièce était bondée et sombre. Il l’a fait une seconde fois. Je l’ai repoussé et il est presque tombé. D’autres ont vu la scène, mais ils ont mis ça sur le compte de son état d’ivresse.»

Fin 2016 et septembre 2017

«Lors d’une fin de soirée entre plusieurs parlementaires dans une boîte de nuit bernoise, Yannick Buttet s’est montré entreprenant en dansant avec moi. Puis il est allé plus loin en me mettant la main aux fesses. J’ai réagi en enlevant sa main. C’en est resté là… Un soir, en quittant une soirée où se trouvaient de nombreux parlementaires, je croise Yannick Buttet à la sortie. Nous faisons un bout de chemin ensemble en rentrant chacun chez soi. Il a alors insisté au moins cinq fois pour prendre encore un verre puis, suite à mon refus, m’a demandé au moins trois fois d’aller dans sa chambre. J’ai refusé en haussant la voix.»

L'affaire Yannick Buttet

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