Sur les sites de presse

Le nouvel élu, conforme au système

La presse suisse fait ses commentaires à chaud sur l’élection de Didier Burkhalter. Sélection sur la Toile

Quelques petites minutes après l’élection du Neuchâtelois Didier Burkhalter au Conseil fédéral, la Neue Zürcher Zeitung, rapide comme l’éclair, commentait: «Le siège reste en mains libérales-radicales. Didier Burkhalter apporte son expérience politique, respectée bien au-delà de son propre parti. Il amène une nouvelle génération, qui est sous-représentée au gouvernement. Le Parlement a fait un choix judicieux.» «Vainqueur également, poursuit le quotidien de référence zurichois, le parti lui-même, dont le deuxième siège se trouve légitimé», et c’est aussi «un franc succès pour la Suisse occidentale», dont la représentation «demeure intacte», même si le Tessin est laissé de côté et qu’il faudra probablement «corriger cela à l’avenir».

Quant à Urs Schwaller, «ce n’est pas le grand perdant du jour», écrit la NZZ. Le Fribourgeois avait «le format d’un homme d’Etat», quoique son programme se fût «blotti dans des valeurs fondamentales trop proches de la gauche». «Ainsi se termine une longue campagne qui a mis les nerfs du public à rude épreuve.» Et de conclure: «La concordance demeure fragile», étant donné les prochaines démissions prévisibles, celles de Hans-Rudolf Merz, de Moritz Leuenberger et de Micheline Calmy-Rey. Peut-être en décembre 2011. Peut-être avant.»

Pour L’Express et L’Impartial, quotidiens du canton d’origine du nouveau conseiller fédéral neuchâtelois (qui annoncent six pages spéciales dans leur édition de jeudi), «Didier Burkhalter récolte les fruits de sa perception réaliste du jeu politique. Le candidat du PLR est apparu comme l’homme de la situation dans un contexte où les incompatibilités jouent un rôle essentiel.» Et même que «le manque de charisme qu’on lui prête a plutôt joué en sa faveur»! Sur ce site, on peut également voir une vidéo de Canal Alpha, avec quelque 300 élèves des classes de troisième année de l’Ecole supérieure de commerce du Lycée Jean-Piaget, qui ont assisté en direct à l’élection à la cité universitaire de Neuchâtel. Enthousiasme tous azimuts.

«Un véritable Romand» va donc siéger: «C’est bon pour la cohésion de ce pays», écrit le St. Galler Tagblatt. Selon ce journal, le choix est qualifié de «raisonnable»: «Le Parlement a renforcé une concordance qui était affaiblie» et n’est pas tombé dans le piège du PDC, «assoiffé de vengeance» depuis l’éviction de Ruth Metzler. «En d’autres termes», conclut simplement le quotidien saint-gallois, «merci pour l’élection de Didier Burkhalter».

«Le polar électoral se termine», commente pour sa part le Blick. Alors qu’apparemment régnait un certain suspense sur l’issue du vote, il n’y a, au final, aucune surprise.» Le PLR et la Suisse romande «peuvent se réjouir: c’est un pur Romand qui succède à Pascal Couchepin». Et, consolation pour le PDC, «nous sortons renforcés», estime un Urs Schwaller tout de même assez grimaçant sur la photographie illustrant un article posté sur le site de la TSR, lequel «assure ne pas ressentir d’amertume».

«Le Machiavel Fulvio Pelli a gagné», analyse le blog «Vu du Salève» de Jean-François Mabut, hébergé par la Tribune de Genève: «Le Tessinois, dont on se demandera encore pourquoi un chef de parti n’a pas brigué la place de Couchepin, a offert au candidat du parti libéral radical suisse une excellente élection.» L’élu y est décrit comme très «systemkonform». Et de décrypter les calculs: «Les ténors socialistes fribourgeois Levrat et Rossier ont aussi barré le chemin à leur compatriote Schwaller, histoire de laisser la place libre pour eux lorsque les deux socialistes au pouvoir, le doyen zurichois du Conseil fédéral Leuenberger et la Genevoise Calmy-Rey, qui a atteint l’âge de la retraite, quitteront la scène fédérale, ce qui ne devrait pas tarder.» Dans le Blick, le politologue Georg Lutz fait d’ailleurs la même analyse.

«Clap. Clap. Clap, applaudit non sans ironie Le Matin de Lausanne: «Didier Burkhalter a tout de même fini par être élu. La concordance est sauve. Le siège libéral radical est préservé. La paix des langues est maintenue. La révolution n’aura donc pas eu lieu. Le très sage Parlement, fidèle à ses habitudes, a choisi la stabilité. Un radical romand remplace un radical romand. Ouf! la sacro-sainte réputation de rien-ne-se-passe en Suisse demeure intacte» avec l’élection de ce «pragmatique apte au consensus», selon la formule de la Basler Zeitung. D’ailleurs, L’Illustré, qui demandait récemment au Neuchâtelois pourquoi les parlementaires devraient voter pour lui, avait donné cette réponse, conforme et conformiste en tous points: «Je ne donnerai pas de raisons. J’ai proposé ma personnalité, mon projet, celui de la concordance. Le Parlement doit choisir le meilleur pour le pays. C’est à lui de décider s’il me fait confiance.»

«Depuis l’affaire Kopp jusqu’à l’éviction de Christoph Blocher, l’élection d’un conseiller fédéral a parfois offert de surprenants moments d’imprévisibilité, écrivait ce mercredi matin Le Courrier dans son éditorial, titré «les repères ont sauté». «Rarement, pourtant, les incertitudes ont été l’expression du torturant choix du candidat le plus compétent parmi les plus compétents. L’élection du jour a de quoi perpétuer ce défaut. Quel qu’il soit, avec de telles prémisses, le gagnant part disqualifié.» N’est-ce pas, M. Burkhalter?

Outre-Gothard, le journal de la Lega, Il Mattino – qui s’est battu pour la représentation tessinoise à Berne avec des intentions inquiétantes où il invoquait les méthodes de l’ETA – «si le supplice est terminé, gloire à Dieu au plus haut des cieux. C’est fini, mais il est peu probable qu’on se souvienne de cette élection comme d’une brillante opération». Et pourtant, dans la maison PLR, on va pousser un soupir de soulagement et exalter les prophètes de la mythique concordance.»

Mais cette promenade sur la Grande Toile serait très incomplète sans une halte sur le blog Béquilles.ch, où Jean-Claude Péclet, notre collègue du Temps, donne, dans un grand éclat de rire, ses «Dernières nouvelles du pays des Toujours-Contents»: «Didier Burkhaltères entre au Grand Tipi des Sept Sages. «C’est un poids et un honneur», a-t-il déclaré. Il a mis le poids devant.»

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