C’est un quasi inconnu qui est arrivé mercredi au pouvoir dans le Bade-Wurtemberg. Le chrétien-démocrate Stefan Mappus, 43 ans, est l’incarnation du politicien conservateur ancré dans sa région. Son modèle en politique est Franz Josef Strauss, l’inamovible ministre-président de la Bavière (au pouvoir entre 1978 et 1988). Comme Strauss, Mappus est réputé pour la brutalité de ses attaques verbales, son cou de taureau, son amour pour le Bayern de Munich et son appétit pour le pouvoir.

Il succède à Günter Öttinger, envoyé par Angela Merkel pour représenter l’Allemagne à la Commission de Bruxelles, à un an des prochaines élections régionales et alors que s’accumulent de brûlants dossiers bilatéraux avec la Suisse. Mappus a notamment décidé d’acheter un dossier de contribuables allemands ayant placé leur argent en Suisse pour échapper au fisc.

«Le crocodile de Stuttgart»

Avec le «crocodile de Stuttgart», la CDU du sud-ouest de l’Allemagne entame un virage à droite. Mappus est en effet réputé pour ses positions contre l’école unique ou l’immigration, son soutien au nucléaire et aux valeurs traditionnelles telles que la famille et le patriotisme.

«Aux dernières élections régionales, il avait pesé de tout son poids pour empêcher la tenue dans un bâtiment public d’une exposition consacrée aux crimes commis par la Wehrmacht pendant la Seconde Guerre mondiale, se souvient le social-démocrate Claus Schmiedl. C’est encore lui qui a tout fait pour faire échouer l’alliance avec les Verts voulue par Öttinger, à l’issue des dernières élections.»

«Avec Öttinger, nous avions pensé assister à une ouverture de la CDU, en direction des femmes, des jeunes ou des Verts… regrette Cem Özdemir, le chef des Verts allemands, lui-même issu de la région. Mais Öttinger était paralysé… La fraction CDU au parlement était dirigée par Mappus qui regardait chaque ouverture avec inquiétude. Mappus est un frein au changement.»

Claus Schmiedl, pourtant, doute des convictions du nouveau Père du Land. «Mappus est un opportuniste. Il n’a enfourché le cheval de la tradition que pour occuper un créneau laissé libre par la ligne Merkel et pour satisfaire les attentes de l’électorat traditionnel», particulièrement fort dans le sud-ouest du pays.

Le dossier zurichois

Toujours par opportunisme, il ne fera rien pour apaiser le conflit qui oppose la Suisse à son voisin au sujet de l’aéroport de Zurich, estiment ses adversaires. Ministre des Transports dans le gouvernement régional entre 1998 et 2004, Mappus avait alors pris position contre l’approche nord de l’aéroport qui soulagerait les riverains suisses au détriment de leurs voisins badois.

«Un politicien fraîchement élu n’est de toute façon guère sensible aux questions bilatérales qu’une fois bien en selle, rappelle Winfried Hermann, député Vert au Bundestag, qui avait suivi le dossier de près du temps du gouvernement Schröder. L’opposition à l’aéroport de Zurich est directement menée par les élus locaux particulièrement conservateurs de la région frontalière, et Mappus ne fera rien pour les décevoir. En Allemagne, aucun politicien ne pourra prendre le risque de soutenir la position suisse», souligne le député.

Encore moins à la veille des prochaines régionales: le Bade-Wurtemberg élira en 2011 son prochain parlement, et Mappus espère pouvoir reconduire la majorité de centre droit qu’il vient de reprendre à Öttinger.