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Lukas Niederberger, directeur de la Société suisse d'utilité publique, sur le Grütli à l'été 2015.
© URS FLUEELER

1er Août

«Notre nouvel hymne est plus patriote que le cantique suisse»

Directeur de la Société gestionnaire du Grütli, Lukas Niederberger espère dépoussiérer l'hymne national. Il répond à ses détracteurs, qui l'accusent d'éviter les références à la religion et à la patrie

Le 1er Août, sur l’air du Cantique suisse, une nouvelle strophe sera entonnée sur la prairie du Grütli: «Sur fond rouge la croix blanche, symbole de notre alliance, signe de paix et d’indépendance». Rédigé par le musicologue Werner Widmer, ce texte est défendu par la Société suisse d’utilité publique (SSUP). En 2014, elle avait organisé un vaste concours artistique pour dépoussiérer le cantique suisse. Le vainqueur a été désigné à l’automne 2015.

Lire aussi: A la recherche de l’hymne parfait

Désormais, la SSUP espère diffuser son nouvel hymne. Gestionnaire du Grütli et organisatrice des festivités qui s’y déroulent, elle a écrit aux municipalités suisses pour les encourager à le chanter lors de la prochaine Fête nationale. La démarche, comme le texte, suscite la «colère noire» du vice-président du PDC suisse, Yannick Buttet, qui reproche à la SSUP de «nuire à la Suisse».

Lire la critique de Yann Buttet:  «Un petit groupe d’illuminés veut imposer ce nouvel hymne au peuple»

Directeur de la société, Lukas Niederberger a tenu à répondre aux critiques du conseiller national valaisan, qu’il ne comprend pas. Selon lui, «le débat sur l’identité et les valeurs de la Suisse renforce la cohésion nationale».

Le nouvel hymne:

Le Temps: Pour vous, le peuple doit s’habituer à un nouvel hymne national avant que celui-ci ne soit validé. Que répondez-vous à vos détracteurs, qui jugent ce procédé «antidémocratique»?

Lukas Niederberger: Cette manière de faire est logique! Un jour, le parlement et le peuple voteront sur un nouvel hymne. Mais pour cela, ils auront besoin de connaître le texte proposé. Le Cantique suisse a été chanté pendant 140 ans avant d’être adopté. Les initiatives culturelles ne sont pas réservées aux partis politiques. La SSUP joue son rôle sans rien imposer du tout. Nous invitons à la discussion, tout simplement.

– Selon Yannick Buttet, votre e-mail aux municipalités laisse entendre que le processus est achevé. Pour lui, vos méthodes sont «dignes des pires arnaques en ligne»…

– Nous avons écrit très clairement qu’il ne s’agissait que d’une proposition, issue d’un concours artistique où tout le monde a été invité à voter. Nous espérons juste que les communes le proposent à la population pour le faire découvrir. Nous ne soumettrons pas ce texte à un vote officiel avant qu’il ne devienne suffisamment populaire.

– Et s’il ne devient jamais populaire?

– Nous sommes convaincus que ce nouveau texte est meilleur que le texte actuel, et qu’il deviendra populaire. Si après deux ou trois ans l’expérience montre que les gens ne s’y intéressent pas, alors nous stopperons le projet.

– Yannick Buttet vous reproche d’éviter volontairement toute référence à Dieu. Vous êtes anticlérical?

– Non! L’hymne que nous proposons mentionne plusieurs fois la croix du drapeau suisse. Il contient aussi plusieurs valeurs chrétiennes implicites, comme la paix, l’équité ou la solidarité. Et puis aujourd’hui, un quart de la population ne se réclame d’aucune religion. Ces gens doivent aussi se reconnaître dans l’hymne national et l’entonner avec conviction. Finalement, cette question intéresse surtout les francophones, parce que la traduction française du cantique suisse est beaucoup plus religieuse que la version originale en allemand.

– Pour Yannick Buttet, la SSUP est un groupuscule d’extrême gauche et qui «nie l’existence de la patrie». Vous avez une vocation internationaliste?

– Je ne sais pas à quoi pense Yannick Buttet quand il tient de tels propos. Je crois surtout qu’il ne connaît rien à l’histoire de la SSUP. Nous œuvrons à la cohésion nationale depuis 1810. Nous ne sommes ni de gauche, ni de droite, et de toute façon, ces étiquettes ne veulent rien dire. Et puis je ne vois pas où se cache l’internationalisme dans ce texte qui se réfère plusieurs fois au drapeau suisse et qui revendique l’indépendance de notre pays. Je juge notre hymne plus patriote que le cantique suisse, dont les monts ensoleillés pourraient tout aussi bien se trouver dans l’Himalaya. Un journaliste a écrit qu’il ressemblait à un mélange entre un bulletin météo et une prière. Il avait raison.

– Yannick Buttet souhaite vous retirer la gestion de la prairie du Grütli. Ça vous fait peur?

– Non. Si Yannick Buttet a 150 000 francs à dépenser par année, il peut revendiquer la gestion du Grütli. Notre contrat date du moment où la SSUP a offert le Grütli à la Confédération, tout en conservant son administration. Il peut être renégocié. Mais ce n’est pas un travail aussi facile que Yannick Buttet semble le penser. Il faut faire attention à ne laisser personne instrumentaliser commercialement ou politiquement ce lieu symbolique.

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