Le canton de Vaud, qui vit depuis une décennie dans une situation financière si mauvaise que tous les autres dossiers de la politique cantonale en sont contaminés, parviendra-t-il à équilibrer ses finances en 2007? C'est l'objectif qu'a fixé le gouvernement cantonal dans le programme de législature qu'il s'apprête à présenter.

Il aura fallu près d'un an au nouvel exécutif pour forger cet outil de gouvernement, le premier du genre dans le canton. D'innombrables séances et plusieurs reports de présentation disent la difficulté du processus. Il en résulte une œuvre consensuelle, dans la ligne suivie par le gouvernement, et non un programme de majorité, comme le relève le chancelier Vincent Grandjean (LT du 3 mars). La recette pour sortir le canton des chiffres rouges n'en est que plus miraculeuse, mais ses ingrédients n'ont guère filtré. «J'ai peine à imaginer comment nous pourrons juguler le déficit cantonal dans le contexte actuel», note le radical Armand Rod, président de la commission des finances.

Le précédent gouvernement visait l'équilibre en 2004. Mais cet objectif ambitieux fixé en fin de législature tenait beaucoup du volontarisme propre à la méthode Charles Favre. Les événements survenus par la suite (dégradation économique, perspectives de reports de charges de la Confédération, aggravation de l'endettement) n'allaient pas tarder à montrer le caractère fictif de ce cadre financier, que le budget 2003 a fait exploser.

Même reporté de trois ans, l'objectif du redressement à l'horizon 2007 sera-t-il plus crédible? Sans parler de la menace de guerre, la conjoncture est affaiblie durablement. Une amélioration n'est plus attendue avant dix-huit mois, ce qui pousse au pessimisme pour les recettes fiscales. L'Etat de Vaud doit faire face par ailleurs à l'initiative libérale pour supprimer l'impôt sur les successions qui, même en cas de contre-projet, entraînera des pertes. Toute augmentation du coefficient d'impôt paraissant en revanche irréaliste, c'est sur une reprise de la conjoncture dès 2004 que le gouvernement compte essentiellement.

La maîtrise des charges est un autre défi. Il faut savoir que la Confédération table pour ce qui la concerne sur une hausse de 6,5% des dépenses de fonctionnement à l'horizon 2007, de 5% dans le domaine social. Dans ces conditions, et en attendant de savoir comment le gouvernement vaudois s'y prendra pour revenir aux chiffres noirs, une information prend presque l'allure d'une bonne nouvelle: le déficit porté aux comptes 2002 restera dans le cadre du budget. Pas de mauvaise surprise à la genevoise, donc, mais un déficit chronique malgré tous les efforts d'économie. Il devrait se situer pour l'an dernier entre 200 et 230 millions de francs. Il est de 150 millions au budget 2003, ce qui en fait «le meilleur de la décennie».