Urbanisme 

Nouvel essai pour un stade de football zurichois

Un grand projet de stade de football avec deux tours et un immeuble d’habitation divise Zurich. Ses défenseurs le présentent comme le symbole d’une cité ambitieuse. Ses opposants critiquent son mode de financement

Zurich veut un nouveau stade de football, un vrai. Le 25 novembre, ce vieux rêve deviendra peut-être réalité: la population se prononce sur un grand projet à l’ouest de la ville. A dix jours du vote communal, la fièvre monte dans les deux camps, car la lutte finale s’annonce âpre. Depuis plusieurs semaines, pas un jour ne passe sans qu’on parle du Fussballstadion: un terrain, des gradins pour 18 000 spectateurs et 750 logements: 174 en coopérative d’habitation et 570 dans deux gratte-ciel.

La mutation de tout un quartier en jeu

Plus qu’une infrastructure sportive, c’est la mutation d’un bout de Züri-West, quartier ouest en pleine gentrification, qui est en jeu. Ses défenseurs le présentent comme le symbole d’une cité ambitieuse, à même de marquer visuellement l’entrée dans la ville. Espaces verts, politique immobilière ou politique des grands projets: les sujets sensibles de la politique zurichoise sont réunis.

Le stade cristallise plusieurs groupes d’opposants. Surtout ses deux tours, jugées démesurées par un comité de riverains: avec leurs 137 mètres, elles dépasseraient le gratte-ciel le plus élevé de Zurich, la prestigieuse Prime Tower haute de 126 mètres. Quant à l’association de défense des intérêts de la friche du stade (IG Freiräume Zürich-West), elle réunit, sous le slogan «Plutôt Central Park que Twin Towers», des habitants du quartier et des activistes qui se battent pour le maintien d’espaces libres menacés partout en ville par la densification.

La gauche et les écologistes opposés au projet

Mais le plus grand opposant au stade est le Parti socialiste (PS), dominant sur les bords de la Limmat. C’est plutôt rare: il lutte contre l’exécutif rose-vert et la maire socialiste Corine Mauch, qui s’est profilée en promotrice du stade. Le PS s’en prend au partenariat public-privé noué par la ville. Il a lancé sa propre initiative pour un nouveau projet de stade de football, qui resterait en mains de la municipalité.

Dans son argumentaire, la gauche attaque surtout les rendements que devraient générer les «appartements de luxe» prévus dans les tours. Les promoteurs promettent des 4,5 pièces à 3200 francs, une fourchette de prix moyenne dans le quartier. La gauche n’y croit pas et estime que les prix tourneront plutôt autour de 4000 francs pour 110 m². Quant aux écologistes, ils redoutent la disparition d’un petit poumon urbain. Car au cours des dernières années, les jardiniers amateurs ont fait de cette friche, sur laquelle trône encore un bout de carcasse rouillée de l’ancien stade, un havre de verdure où se croisent poules, abeilles et citadins en bottes armés de binettes.

Zurich se place au haut des classements pour sa qualité de vie. Mais en matière de stade, elle est la risée de la Suisse

La Neue Zürcher Zeitung

Dans le camp d’en face, l’argument clé des défenseurs du projet est également financier: aucun denier public ne devrait être dépensé, puisque la ville a fait appel à des investisseurs privés: l’entreprise de construction HRS Investment AG et la société immobilière de Credit Suisse, qui prendraient en charge les coûts du stade estimés à 105 millions de francs. L’enceinte sera exploitée par la société Stadion Zürich AG. En contrepartie, la municipalité accorde un droit de superficie pour un montant préférentiel, renonçant à 1,7 million de recettes annuelles.

Et le sport dans tout cela?

Actuellement les deux clubs zurichois de Super League, le FC Zurich et le Grasshopper Club (GC) jouent au Letzigrund. Mais les milieux sportifs sont mécontents de devoir partager cette infrastructure pouvant accueillir 25 000 sectateurs avec l’athlétisme et des concerts. Dans un long plaidoyer en faveur de l’enceinte soumise au verdict populaire, la NZZ s’offusque: «Zurich se place au haut des classements pour sa qualité de vie. Mais en matière de stade, elle est la risée de la Suisse.» Imaginez l’humiliation: lors de son traditionnel carnaval, Bâle la rivale a moqué à plusieurs reprises l’incapacité zurichoise à se doter d’un stade consacré au football.

Zurich joue les prolongations depuis quinze ans: la ville en est à sa troisième tentative de ressusciter le Hardurmstadion, l’ancien stade du GC, club à la gloire fanée. En 2003, les citadins approuvent le Pentagon, vaste projet de stade de 30 000 places à 370 millions comprenant shopping mall et hôtel. Mais une longue bataille juridique, initiée par les oppositions du voisinage et d’une organisation pour la mobilité douce, aura raison du méga-complexe: en 2009, Credit Suisse jette l’éponge et vend le terrain à la ville. En 2013, c’est au tour de la municipalité d’essuyer un revers, lorsque les Zurichois refusent à 50,8% un crédit de 216 millions pour son projet, plus modeste avec 19 000 places et 154 logements: trop cher pour la collectivité. «Plus question de faire un stade sur le Hardturm», s’exclame alors la maire de Zurich Corine Mauch.

En 2016, les échecs du passé sont oubliés: la municipalité présente le troisième projet nommé Ensemble, fruit du compromis entre intérêts privé et public, soumis au peuple zurichois le 25 novembre. Sa taille plus modeste est mieux adaptée à la fréquentation des matchs – en moyenne 10 927 spectateurs pour le FC Zurich et 6257 pour GC, selon les derniers chiffres de la Swiss Football League. De quoi faire rêver les Zurichois? Un sondage de Demoscope publié en octobre par la SRF donnait 54% des avis favorables, 27% contre et 19% indéterminés.

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