Radovan Vitek est attaqué en justice aux Etats-Unis. Le milliardaire tchèque, que l’on connaît en Suisse pour sa participation majoritaire dans les remontées mécaniques de Crans-Montana Aminona (CMA), est accusé par deux sociétés, Kingstown Capital Management LP et Investhold Ltd., de les avoir arnaquées à hauteur de plus de 1 milliard de dollars. Une plainte a été déposée mercredi auprès du Tribunal du district sud de l’Etat de New York, selon Bloomberg.

Les plaignants dénoncent un véritable système mis en place par le Tchèque, basé principalement sur des sociétés fictives, qu’il contrôlait en secret. Ils évoquent notamment la prise de contrôle de Radovan Vitek sur Orco, une société luxembourgeoise active dans l’immobilier et dont Kingstown Capital détenait une part substantielle. Selon 24 heures, le milliardaire tchèque a pu, grâce à ses procédés, «siphonner à des coûts bien inférieurs au marché les actifs rentables d’Orco et diluer les autres actionnaires».

L’acquisition de cette société est importante pour Radovan Vitek, puisqu’elle constitue la base de sa holding CPI Property Group (CPIPG), qui détient et exploite un portefeuille immobilier d’une valeur de 7 milliards d’euros. Egalement visée par la plainte, cette dernière rejette les accusations et déclare que cette procédure est une tentative inappropriée de faire pression sur CPIPG dans le cadre d’un procès connexe intenté par Kingstown Capital au Luxembourg.

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CMA cité dans la plainte

Dans la plainte (qui fait plus de 100 pages), les plaignants expliquent, pour appuyer leurs arguments, que Radovan Vitek a déjà fait l’objet d’enquêtes pour des violations similaires. Ils citent l’exemple de CMA, détaillant les différents volets de la saga qui a secoué le Haut-Plateau, mais s’attardant tout particulièrement sur l’augmentation de capital de décembre 2016, qui a permis à Radovan Vitek de voir sa part dans la société passer de 65 à 85%.

Il est vrai que la justice valaisanne enquête sur cette augmentation de capital. Le Ministère public s’est emparé du dossier en octobre passé. Procureur général, Nicolas Dubuis confirme que l’instruction est toujours en cours. Il précise que la plainte déposée mercredi à New York n’y changera rien. En revanche, sur le Haut-Plateau, des interrogations apparaissent. Les personnes que nous avons contactées se demandent si le milliardaire tchèque aurait usé de procédés similaires à ceux décrits dans la plainte afin d’avoir la mainmise sur CMA.

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«La valeur des actions a augmenté»

Président de la société de remontées mécaniques, Philippe Magistretti coupe court à ces suppositions: «Je ne connais pas la nature exacte des prétentions au Luxembourg; toutefois, ce qui est clair, c’est que si, en 2016, nous avions diminué le capital de la société en dévaluant l’action avant de procéder à l’augmentation de ce même capital, nous aurions porté préjudice aux actionnaires minoritaires. Or, nous avons réalisé l’augmentation de capital avec un prix de l’action bien supérieur à sa valeur comptable. Si les actionnaires minoritaires ont vu leur pourcentage dans l’entreprise être dilué, la valeur de leurs actions a augmenté», explique-t-il.

Philippe Magistretti rappelle par ailleurs que la partie de l’opération qui posait problème – l’achat par CMA de CMA Immobilier, l’entreprise qui gère les parkings et les restaurants du domaine skiable, pour un montant largement surévalué selon les communes – a été corrigée, Radovan Vitek rachetant CMA Immobilier au prix où il l’avait vendue. Mais cela ne signifie pas que tout a été fait dans les règles. En Suisse, comme aux Etats-Unis, la justice tranchera.