La vallée de la Maurienne a connu hier matin un coup de chaud et d'angoisse dont son industrialisation l'a rendue coutumière. Vers 8 h 12, à La Chambre (Savoie), au sein de l'entreprise Blue System – qui fabrique des pastilles de chlore pour les piscines –, un sac de 800 kg de ce produit est tombé sur le sol mouillé, ce qui a déclenché un début d'incendie.

L'incendie a commencé à se propager à un silo de chlore, qu'il a donc fallu vider. Mais il a dégagé un nuage chloré irritant d'une cinquantaine de mètres de diamètre, qui a commencé à se déplacer hors de l'enceinte de l'usine. Devant l'émergence de ce nuage, les autorités préfectorales ont déclenché immédiatement un Plan de prévention et d'intervention (PPI).

La principale conséquence de ce plan a été la fermeture pendant plusieurs heures de l'autoroute A43, de la voie ferroviaire, de la nationale 6 et des petites départementales environnantes. La mesure la plus spectaculaire aura été la demande de confinement, relayée par les radios locales, pour les habitants de quelque six communes avoisinantes, soit environ 4000 personnes. Les habitants sont restés chez eux et les enfants n'ont pas quitté les locaux scolaires jusqu'à la levée de la mesure, en début d'après-midi, lorsque tout est rentré dans l'ordre.

Aucune panique

Les autorités, qui n'ont pas déclenché le plan rouge – signe que l'incident a été considéré comme étant d'une gravité modérée –, ont en fait été aidées par la pluie, puisque les trombes d'eau s'abattant sur la vallée ont empêché le nuage de trop se déplacer, ce qui aurait obligé à étendre les mesures de protection.

La nouvelle de l'incident n'a pas causé de panique particulière, les Mauriennais commençant à en prendre l'habitude. Un problème identique avait eu lieu en 1997 dans la même usine. Et le 3 octobre dernier, un nuage de phosphore s'était déjà dégagé au-dessus du village d'Epierre, suite à un accident, sans faire de victimes. Les habitants de la Maurienne semblent donc faire preuve d'habitude et de fatalisme devant semblables alertes: «Cela fait partie des aléas de l'industrie dans notre vallée, et si les usines fermaient, alors il nous faudrait définitivement quitter les lieux, faute d'emplois», expliquait hier l'un d'eux, joint par téléphone.