Congé paternité

La nouvelle bataille du congé paternité

Alors que le Conseil fédéral a rejeté l’initiative pour un congé paternité de 20 jours, le parlement se met en quête d’un contre-projet le réduisant à deux semaines.

D’ici à quelques jours, le Conseil fédéral enverra son message au parlement, confirmant son rejet de l’initiative pour un congé de paternité de 20 jours pour «ne pas mettre en péril la compétitivité de l’économie». Il le fera en catimini, sans s’expliquer en conférence de presse sur la manière dont il conçoit sa politique familiale. Alors que commence la session parlementaire à Berne, le centre droit planche sur un contre-projet à l’initiative.

Si le Conseil fédéral fait profil bas sur ce dossier, c’est qu’il est divisé. Le 18 octobre dernier, trois de ses sept membres, soit Simonetta Sommaruga, Alain Berset et Doris Leuthard, ont tenté de proposer un contre-projet réduisant ce congé à deux semaines, mais ils ont été minorisés par leurs quatre collègues de l’UDC et du PLR.

Les partisans d’un contre-projet ont désormais deux options. Soit ils tablent sur l’initiative en estimant qu’elle a toutes ses chances devant le peuple, soit ils tentent d’élaborer un contre-projet dans l’espoir que les pères ne soient plus réduits à un seul jour de congé, comme c’est le cas pour les moins bien lotis d’entre eux.

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Les initiants croient à la victoire

La gauche prendra probablement la première option, ainsi que le laisse entendre Valérie Piller Carrard (PS/FR), présidente de Pro Familia Suisse. «Dans la population, je sens une dynamique favorable au congé paternité grâce à l’arrivée d’une nouvelle génération de pères qui participent activement aux tâches éducatives et domestiques», déclare la Fribourgeoise, qui a elle-même récolté des signatures sur les marchés. «L’écho a été très positif. Très peu de gens ont refusé de signer l’initiative», témoigne-t-elle. Cette attitude sera probablement partagée par le PBD. «Je ne suis pas sûre qu’un contre-projet ait un sens. Cette initiative peut gagner devant le peuple, même si elle doit recueillir la majorité des cantons», note la cheffe du groupe PBD Rosmarie Quadranti.

Au centre droit, on semble s’acheminer plutôt vers la quête d’un compromis. Deux ardents combattants du congé paternité de toujours le prônent. Hugues Hiltpold (PLR/GE), qui s’en est fait l’avocat en 2009 déjà, estime qu’il ne faut pas négliger l’aspect financier. «L’initiative coûte 400 millions, c’est beaucoup. Il faut trouver un chemin médian et réfléchir à un contre-projet portant sur deux semaines.» On en reviendrait ainsi à la proposition de Martin Candinas (PDC/GR), que le parlement avait rejetée de justesse par 97 voix contre 90 en avril 2016. Le Grison en appelle aujourd’hui à la raison. «En politique, c’est le faisable qui compte, pas le souhaitable», affirme-t-il. La conquête du congé maternité l’enseigne: ce genre de progrès ne se réalise pas du premier coup, il faut sans cesse revenir à la charge.

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En procédant par petits pas. En matière de congé paternité, la Suisse a pris du retard sur l’Europe. L’an passé, l’UE a adopté une directive accordant un congé parental de quatre mois à chaque parent – homme comme femme – qui travaille. Si la France fait de la résistance à Bruxelles, l’Allemagne a fait passer son congé parental à 12 mois en 2007 déjà dès l’arrivée au pouvoir d’Angela Merkel. Pour ne pas parler des pays scandinaves, qui ont toujours joué un rôle de pionniers dans ce domaine.

L’avenir, c’est le «congé parental»

En Suisse, la notion de «congé parental», qui implique généralement une période obligeant les deux parents à se libérer alternativement de leur travail à l’arrivée d’un enfant, ne s’est pas encore imposée. Pourtant, c’est bel et bien un tel congé que la Commission fédérale de coordination pour les questions familiales (COFF) a proposé en 2010 déjà. Un vrai pavé dans la mare, à l’époque. La Suisse venait à peine d’introduire le congé maternité de 14 semaines qu’un aréopage de spécialistes proposait de lui greffer un congé parental de 24 semaines. Coût: 1,2 milliard de francs par an. Le modèle a vite été oublié.

Que ce soit sous la Coupole ou ailleurs, tous les partisans du congé paternité l’admettent: l’avenir, c’est bel et bien le congé parental. «Grâce à sa flexibilité, il permet d’évoluer vers un partage plus équitable du travail domestique et familial dès la naissance de l’enfant», souligne Patrick Robinson, porte-parole de la Coordination romande des organisations paternelles. Pourtant, la COFF a bien l’intention de se rappeler au bon souvenir du Conseil fédéral. Elle compte actualiser cette année encore son modèle de l’époque sur la base des dernières recherches scientifiques, confie l’un de ses membres, Giuliano Bonoli, professeur en politique sociale à l’Université de Lausanne.

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«En Europe, le congé parental s’est imposé comme standard et la Suisse a pris beaucoup de retard à cet égard», constate-t-il. Difficile de croire le Conseil fédéral lorsqu’il prétend qu’un congé paternité de quatre semaines mettrait en danger l’économie. «L’Allemagne, avec ses 12 mois de congé parental, dispose de l’économie la plus puissante du continent et son taux de chômage n’a jamais été aussi bas depuis la réunification.»


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