Tessin

La nouvelle Bellinzone a rendez-vous avec le peuple

La capitale du Tessin compte sur la plus large fusion de communes jamais tentée en Suisse pour jouer un plus grand rôle sur la carte du canton et du pays

La discrète capitale tessinoise est en voie de vivre une métamorphose. Les représentants de la nouvelle Bellinzone seront élus le 2 avril, dix-huit mois après que treize communes du district ont décidé de fusionner, dans la plus vaste opération de ce type jamais tentée en Suisse. Du coup, la «maxi-commune» passera de 18 000 habitants à 42 000, devenant ainsi la douzième ville suisse par sa population. Pour gagner ce pari, le canton investira près de 50 millions de francs.

Cette fusion devrait inscrire plus visiblement sur la carte du Tessin et de la Suisse la «Belle au bois dormant» du canton, pour reprendre l’expression éloquente d’un candidat UDC au nouvel exécutif. «Notre but est de créer une masse critique sur le plan institutionnel et des infrastructures, afin de relancer la région aux niveaux social et économique, explique Mario Branda, maire socialiste actuel de Bellinzone et l’un des architectes du projet. Nos liens avec les pôles urbains du nord des Alpes seront facilités et se consolideront.»

Espoirs touristiques

Sur le plan touristique, avec Alptransit et les durées de trajet raccourcies, la «porte du Tessin» accueillera toujours plus de visiteurs suisses. N’avoir qu’une seule entité permettra de mieux coordonner la promotion et les investissements sur l’ensemble du territoire. «Dans la foulée, indique le maire, nous souhaitons hisser nos châteaux médiévaux, inscrits au patrimoine mondial par l’Unesco, au «top 10» des attractions suisses.»

Maire de Sementina, une des treize communes à fusionner, et autre «papà» de la Nouvelle Bellinzone, Riccardo Calastri estime que l’agrégation permettra de rationaliser et mieux répartir les ressources financières et humaines. «En prenant des décisions plus rapidement que treize conseils municipaux, avec un minimum de bureaucratie.»

Le rêve du PLR

Par rapport au grand Lugano, qui a absorbé près d’une vingtaine de communes mais progressivement, depuis le début de ce siècle, Riccardo Calastri affirme que le grand Bellinzone marque la différence. La fusion luganaise – succès pour les uns, échec pour les autres – se distingue par un centre fort qui a peu à peu «mangé» les régions avoisinantes. «Dans notre cas, l’initiative vient de la périphérie et, contrairement à Lugano, Bellinzone sera totalement décentralisée. Plusieurs services seront délocalisés, Ressources humaines à Camorino, Environnement à Gudo, Affaires urbaines à Sementina, etc.»

Sur le plan politique, la droite attend beaucoup de la fusion. Surtout le PLR, fort dans le district, qui compte sur l’occasion pour reprendre la mairie, perdue en 2006, et «remettre l’église au milieu du village», comme le dit le Rocco Cattaneo, président sortant du parti tessinois.

Des critiques

Il y a aussi des sceptiques. «Dans les fusions, à Lugano comme à Mendrisio, les communes limitrophes sont abandonnées au profit des centres, observe Alberto Poli, président de l’Association tessinoise pour l’autonomie des communes (ATAC). Les services de proximité et les investissements disparaissent. Dépossédées de leur pouvoir décisionnel, désormais polarisé au centre, les périphéries deviennent des banlieues dortoirs.»

Avec la fusion, les habitants auront encore moins voix au chapitre.

«Pour de petites communes n’ayant plus les moyens de répondre à leurs besoins, la fusion se justifie, considère Luca Buzzi, conseiller municipal indépendant de Bellinzone jusqu’à fin 2016. Mais ici nous avons des communes fonctionnant très bien de façon autonome et où s’exerce encore un minimum de démocratie participative. Les voix critiques à Bellinzone peinent déjà à se faire entendre. Avec la fusion, les habitants auront encore moins voix au chapitre. Quant à l’aspect financier, le projet nous a été vendu comme une source d’économies, mais je crois qu’il s’agit d’un leurre qui sera vite démasqué.»

Des dix-sept communes engagées au départ dans le processus de fusion, quatre ont quitté le projet en cours de route. L’opération n’en demeure pas moins la plus ambitieuse jamais tentée en Suisse s’agissant du nombre de communes destinées à se fondre d’un seul coup. Le cas le plus proche est celui du canton de Glaris, qui a vu le nombre de ses communes réduit de vingt-cinq à trois en 2011.

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