«Habile, mais irresponsable.» Ces deux adjectifs, qualifiant l'initiative fiscale des libéraux, se retrouvaient, mardi lors de la rentrée du Grand Conseil, tant dans la bouche des adversaires politiques des libéraux que dans celle de leurs partenaires au sein de l'alliance majoritaire et gouvernementale.

Pour le socialiste Martial Gottraux, c'est clair: il s'agit d'une véritable «déclaration de guerre», qui annule tous les efforts de concertation menés ces dernières années entre la gauche et la droite. «L'initiative libérale renforce les inégalités entre les gens fortunés et les autres, de plus c'est une attaque indirecte contre le service public. La gauche se doit d'y réagir sur le plan fiscal», souligne le député, qui verrait bien, à titre personnel, une contre-initiative revenant à la charge avec les propositions socialistes sur la valeur locative.

Chez les radicaux, c'est plutôt l'embarras. En réunion de groupe, hier matin, il y a eu de la rancoeur contre les «cousins», qui une nouvelle fois s'écartent de la ligne gouvernementale. Le parti tient en principe à soutenir le ministre des finances Charles Favre. Pour celui-ci, l'initiative est très inopportune vu l'état des finances cantonales. Au stade actuel, l'objectif du «petit équilibre» dans le budget 2001 est largement hors d'atteinte. «Or la campagne du centre droit pour les élections de 1998 était basée sur le redressement des finances et nous aurons des comptes à rendre», relève le conseiller d'Etat.

Devant le fait accompli

N'empêche. Dans un communiqué en demi-teintes, le parti radical estime que l'initiative libérale, pour prématurée qu'elle soit, est «justifée pour l'essentiel». Toutefois, plutôt que de supprimer entièrement l'impôt sur les successions en ligne directe, il serait plus judicieux de revoir ce qui pose problème dans l'héritage des entreprises familiales et les successions entre conjoints. Soutenir l'initiative, la rejeter, élaborer un contre-projet? La direction du parti doit en débattre ces prochains jours.

L'UDC Roland Dapples regrette aussi le fait accompli des libéraux. Mais il y a des mois que ceux-ci ont annoncé la couleur. Comme le dit Dominique Kohli, le chef du groupe, «Nous avons trop perdu à être des gentlemen, alors que la politique est un jeu de voyous.»