Santé

La nouvelle génération de médecins de famille réclame des temps partiels

Les jeunes médecins de premier recours sont prêts à s’engager, y compris dans les régions rurales. Mais ils exigent des conditions de travail plus flexibles

Ce n’est pas encore la fin de l’alerte. Il manque toujours 2000 médecins de famille en Suisse et la situation risque encore de s’aggraver d’ici à 2025. Mais la nouvelle génération est prête à relever le défi dans un contexte de travail totalement remodelé. C’est le message qu’a tenu à faire passer l’association Jeunes médecins de premier recours suisses, qui fête cette année son 10e anniversaire.

Le 1er avril 2006, une véritable marée blanche déferle sur la capitale fédérale. Quelque 12 000 médecins de famille en colère tirent la sonnette d’alarme. La médecine de premier recours, ce pilier du système de santé qui prodigue 94% des soins tout en n’occasionnant que 8% des coûts, est «menacée de mort» si le monde politique continue à l’affaiblir. Cette campagne de mobilisation porte de premiers fruits en 2014, lorsque le peuple suisse plébiscite les blouses blanches et demande au Conseil fédéral de revaloriser la profession. Cinq ans plus tard, l’association Jeunes médecins de premier recours suisses dresse un premier bilan encourageant «La relève est sur la bonne voie, mais le but n’est pas encore atteint», déclare Thomas Berger, secrétaire général de l’association.

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Travailler en équipe

Ce métier, la nouvelle génération est prête à l’embrasser. «Il est aussi passionnant qu’exigeant», s’enthousiasme la présidente de l’association, la doctoresse Gabriela Rohrer. «En tant que médecin de premier recours, je peux accompagner mes patients sur le long terme et effectuer un important travail de prévention. C’est très enrichissant sur les plans professionnel et personnel», ajoute-t-elle.

Il faudra encore attendre cinq à dix ans pour que la relève soit véritablement en place

Thomas Berger, secrétaire général de l’association Jeunes médecins de premier recours suisses

Mais cette jeune génération lance un appel au monde politique, dans lequel elle réclame de nouvelles conditions-cadres. De nouveaux modèles de cabinets médicaux, finançables pour des jeunes, doivent être créés. Cette relève exprime surtout un urgent besoin de temps de travail flexible, comme le montre une enquête effectuée auprès des membres de l’association. Ainsi, 80% des jeunes médecins de famille ne veulent plus travailler à plein temps. Et même si la profession se féminise de plus en plus, «cette tendance concerne aussi bien les hommes que les femmes», précise Thomas Berger. Une volonté de flexibilisation qui s’accompagne d’un désir de travailler davantage en équipe. Trois quarts des personnes interrogées sont engagées dans des cabinets comprenant entre deux et cinq médecins. Le cabinet individuel n’a plus la cote: seuls 10% des jeunes en reprennent un.

Une relève prête dans dix ans

Cette enquête se conclut par une bonne nouvelle pour les régions rurales et périurbaines. Contrairement à ce qu’on croit généralement, les jeunes ne rechignent pas à y travailler. Par rapport à la population, ils sont même proportionnellement plus nombreux à vouloir s’y installer.

Parmi ses 1150 membres – dont 70% de femmes –, l’association des médecins de premier recours compte 48% de médecins assistants, 19% d’étudiants et seulement 30% de médecins installés. «Il faudra encore attendre cinq à dix ans pour que cette relève soit véritablement en place. Il reste donc encore beaucoup de travail à accomplir», souligne Thomas Berger.

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