Le bilan tiré des récents examens de maturité gymnasiale est pour le moins contrasté. Pour cette deuxième voire troisième volée d'étudiants qui ne connaissent plus les sections littéraires ou scientifiques, mais au contraire un système de tronc commun avec options, les cantons affichent des taux d'échec très divergents. C'est surtout en Suisse alémanique que ces résultats diffèrent sensiblement de ceux obtenus sous le régime de l'ancienne maturité. Ainsi, le canton de Bâle-Ville enregistre un taux d'échec de 6,5%, soit trois fois plus élevé que la moyenne cantonale des années précédentes. A Lucerne également, avec la nouvelle maturité, ce taux (4,5%) est certes modeste en comparaison intercantonale, mais il a néanmoins doublé.

En Suisse romande, les responsables scolaires sont moins alarmistes. A Neuchâtel, dont 8 à 10% des candidats à la maturité échouaient par le passé, ils ont été entre 5 et 7% en 2003. A Fribourg, il avoisine les 10% et en Valais les 7%, tandis qu'à Genève, il se limite à 3,8%. Adjoint au chef du Service de l'enseignement secondaire II neuchâtelois, Yves Delamadeleine désamorce dès lors un début de polémique: «La sélection s'effectue avant. Le taux d'échec est beaucoup plus élevé dans les premières années de maturité. Pour la première, il s'élève à quelque 20%.» Un constat corroboré par Fribourg, le Tessin et Genève. Selon Marianne Extermann, directrice générale de l'enseignement postobligatoire genevois, la première année de collège peut encore être vécue comme une phase de réorientation. D'autant que la possibilité de redoublement automatique a été supprimée et qu'elle est substituée par une véritable discussion sur les voies formatives les plus adaptées à l'élève en échec.

Une disposition du règlement régissant les nouvelles maturités continue de susciter néanmoins de vifs débats: celle de la double compensation d'une mauvaise note. En obtenant un 3, soit un point en dessous de la moyenne, il devient impératif d'obtenir deux 5. Pour le chef de la division des écoles au sein du Département de l'instruction publique du canton de Bâle-Ville, Hans Georg Signer, cette règle explique en partie le plus grand nombre de recalés à la maturité. Mais c'est avant tout philosophiquement qu'il n'en partage pas la raison d'être: «On se focalise sur la nécessité d'éviter à tout prix une note inférieure à 4. Avec ce système, il ne vaut toutefois pas la peine d'être bon. On n'émet pas un bon signal.» La question de la double compensation d'une mauvaise note est en tout cas appréciée différemment selon les cantons. Dans le canton de Vaud, où la maturité s'effectue sur trois ans, on prévoyait au départ cette règle dans les deux premières années. Mais après l'intervention des députés, on l'a abolie pour la réintroduire en dernière année, au grand dam d'une partie du corps enseignant. Malgré ces critiques, certains spécialistes justifient cette disposition. Elle sous-tend selon eux la philosophie de la nouvelle maturité puisqu'elle empêche en effet de tout miser sur un nombre restreint de branches pour compenser un certain laisser-aller dans d'autres. L'idée est de pousser l'élève à développer un savoir général et le plus large possible.

Depuis l'introduction du nouveau système de maturité basé sur un tronc commun de branches fondamentales et d'options spécifiques et complémentaires, d'autres critiques se font jour. Si une majorité de responsables de gymnases approuvent l'architecture de base de la nouvelle maturité, ils demeurent sceptiques sur d'autres points.

L'objectif de l'interdisciplinarité est pour l'heure une chimère. Dans les sciences expérimentales (biologie, chimie et physique) ou les sciences humaines (histoire, géographie et philosophie), on assiste toujours à un enseignement parallèle. «L'intégration de ces branches a clairement échoué», relève Hans Georg Signer. Marianne Extermann ne dit pas le contraire: «Il faut être réaliste, dans ces branches, nous n'en sommes qu'à une simple addition de notes.» Dans le domaine des sciences précisément, les Vaudois, accusés de ne pas préparer suffisamment bien les élèves de maturité à l'Ecole polytechnique fédérale notamment, prévoient déjà de recréer des classes homogènes pour la biologie, la chimie et l'application des mathématiques.

Reste un autre point essentiel de la réforme: la responsabilisation des élèves de maturité en vue d'une meilleure transition à l'échelon universitaire. La plupart des établissements ont dû fournir certes un important effort d'adaptation pour passer du système des sections à celui du tronc commun avec options. Vu la suppression de la classe en tant que telle, ils sont contraints d'attacher une attention particulière à la cohérence pédagogique interne. De sorte que l'enseignement des maths, par exemple, puisse être suivi sans difficulté par des élèves dont les professeurs étaient différents l'année précédente. Dans l'optique d'une autonomisation de l'apprenant, le travail de maturité, effectué à cheval entre les deux dernières années, est unanimement salué. Et les choix d'options spécifiques et complémentaires que l'élève doit faire dans son cursus gymnasial l'obligent à prendre en main sa propre destinée. Une responsabilité qu'on exigera de lui à l'alma mater.