Défense

La nouvelle modestie de l’armée suisse

Le chef de l’armée et son ministre de tutelle se donnent cinq ans pour réussir la réforme DEVA et donner un sens à une armée plus petite et plus flexible

Ueli Maurer ambitionnait de faire de l’armée suisse «la meilleure du monde». Son successeur à la tête du Département de la défense (DDPS), Guy Parmelin, a confirmé jeudi encore qu’il développait une vision nettement moins romancée de la troupe. En présentant à Berthoud (BE) l’état d’avancement de la réforme DEVA (Développement de l’armée) initiée par son prédécesseur, le Vaudois a exhorté un parterre d’officiers à ne pas confondre «le nécessaire et le souhaitable» et a appelé à aller de l’avant: «En matière de sécurité, la nostalgie ne sert à rien.»

Car après avoir échappé au vote – le référendum porté notamment par des cercles militaires a échoué –, la réforme DEVA sera progressivement mise en œuvre dès le 1er janvier. L’armée réduite en taille sera totalement équipée. Elle devra pouvoir mobiliser 8000 hommes dans un délai d’un à trois jours – notamment par SMS –, 35 000 en dix jours, soit une capacité unique en Europe.

Le défi des RH

Guy Parmelin et le commandant de l’armée, Philippe Rebord, se donnent cinq ans pour réussir. Les défis sont importants. Si le nouveau budget de l’armée – 20 milliards sur quatre ans – «suffit pour équiper totalement la troupe», selon Philippe Rebord, ce dernier reconnaît un problème de ressources humaines. «J’ai aujourd’hui 120 462 soldats actifs et je dois en avoir 140 000» avec le DEVA, résume le Valdo-Valaisan.

Pour tenter d’influencer à la hausse le nombre de jeunes qui terminent leur école de recrues chaque année, l’armée a réintroduit l’aptitude différenciée au service. Elle veut aussi adoucir les écoles de recrues. Surtout, elle attend du Département de l’économie qu’il révise la loi sur le service civil, de manière à donner la priorité au service militaire, une révision qui s’annonce déjà controversée au parlement.

Le commandant Philippe Rebord met un point d’honneur à redonner du sens à l’armée. Il faut que ces jeunes «positivement critiques» comprennent pourquoi ils s’engagent, résume-t-il: «Il n’y a absolument rien d’attrayant à monter la garde de nuit par –35 degrés. Mais il n’y a pas de service de remplacement pour assurer la sécurité.» Il chiffre à 75 000 le nombre de jours de service effectués au premier semestre 2017 en faveur de la population, notamment en matière d’appui aux autorités civiles lors de catastrophes naturelles.

L’obligation de servir, ce modèle d’avenir

Tant Guy Parmelin que Philippe Rebord sont convaincus que seule cette armée-là, plus flexible, pourra répondre aux principales menaces qu’ils identifient: terrorisme, catastrophes naturelles, flux migratoires soudains. Le chef de l’armée se réjouit d’avoir reçu cette année de nombreuses visites d’états-majors de pays voisins. «L’obligation de servir redevient le modèle d’avenir.»

Reste la question de la cyberdéfense, qui n’est pas intégrée dans la réforme DEVA, parce qu’elle dépend toujours au niveau organisationnel du Département fédéral des finances. Selon le ministre Guy Parmelin, l’organisation fonctionne, le problème principal en matière de cyberdéfense restant le recrutement de spécialistes très convoités par le privé.

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