«Si c’est comme cela qu’ils espèrent améliorer les relations entre nos deux pays, c’est qu’ils n’ont rien compris». Dans les couloirs du ministère israélien des Affaires étrangères, on ne cache pas son «agacement» après la confirmation de la récente visite à Genève de Mahmoud al Zahar, le leader de la tendance dure du Hamas de la bande de Gaza.

Pour ce que l’on en sait, l’ex-ministre des Affaires étrangères du «gouvernement palestinien» de Gaza s’est rendu en Suisse en avril, à l’occasion de la conférence Durban 2. Il était certes invité par une association non gouvernementale mais il a, semble-t-il, également eu des contacts avec des diplomates suisses. En tout cas, il s’est entretenu avec l’émissaire suisse pour le Proche-Orient, ce qui met hors de lui l’entourage du ministre israélien des Affaires étrangères Avigdor Lieberman.

Il y a quelques jours, l’ambassadeur d’Israël à Berne a d’ailleurs reçu l’instruction de demander des explications au Département fédéral des Affaires étrangères mais celles ont été jugées «peu convaincantes», voire «confuses», par Jérusalem.

Cible de trois tentatives de «liquidation» -dont deux l’ont laissé entre la vie et la mort- durant l’Intifada, Mahmoud Al Zahar est d’autant plus honni par les responsables israéliens que l’un de ses fils a perdu la vie dans un attentat suicide perpétré à l’intérieur de l’Etat hébreu. Le fait que les autorités helvétiques aient fermé les yeux sur le séjour à Genève d’un «terroriste sorti clandestinement de la bande de Gaza» est donc considéré comme un affront par Israël.

«L’idée que la Suisse reçoit ce salopard avec les honneurs, pendant que les sbires du Hamas maintiennent Gilad Shalit (un caporal israélien enlevé par des islamistes de Gaza le 25 juin 2006, ndlr) dans l’isolement total me donne l’envie de vomir. Les Suisses devraient avoir honte de leur comportement» s’est exclamé Gaby Gazit, l’un des chroniqueurs radiophoniques les plus populaires de l’Etat hébreu.

Mais d’autres réactions sont plus modérées. «Les diplomates suisses ne sont pas les seuls à entretenir des contacts officieux avec les leaders du Hamas de Gaza», explique le chroniqueur Zvi Ykhezkieli. «Ces dernières semaines, outre des Britanniques agissant prétendument de manière indépendante, un retraité du Quai d’Orsay officieusement mandaté par Bernard Kouchner s’est rendu à Gaza-city pour y rencontrer Mahmoud Al Zahar. Un peu plus tard, en juin, c’est l’ex-président Jimmy Carter qui a également transmis un message verbal de Barack Obama. Or, les dirigeants israéliens n’ont pas vraiment réagi à ces initiatives. Ils se sont contentés de condamner mollement, avant de passer à autre chose».

A l’égard de Berne, les réactions israéliennes sont cependant plus aiguisées. Parce que le poids de Suisse dans la région ne se compare pas à celui de la France ou des Etats-Unis. Mais également parce que les relations entre la Suisse et l’Etat hébreu ne sont pas au beau fixe. En mai dernier, les responsables israéliens et les médias de ce pays s’étaient d’ailleurs déchaînés contre le président Hans-Rudolf Merz qui recevait officiellement son homologue iranien Mahmoud Ahmadinejad, à l’occasion de Durban 2.

Deux mois plus tard, cette affaire n’est toujours pas oubliée, et la rancœur contre Berne est toujours palpable. Pour s’en convaincre, il suffit d’écouter les radios israéliennes, dont les animateurs ne manquent jamais une occasion de lancer un coup de griffe contre ce «pays aussi embêtant qu’hypocrite».