L’initiative contre le mitage est morte, vive l’initiative contre le mitage! Un mois après l’échec de la campagne des Jeunes Verts (64% de non), la question du bétonnage excessif est de retour. Deux fois. Ce mardi, Pro Natura, BirdLife Suisse, Patrimoine suisse et la Fondation suisse pour la protection et l’aménagement du paysage ont en effet annoncé le lancement d’une double récolte de signatures: l’une pour la biodiversité, l’autre contre le mitage. Le sujet ne vient-il pas d’être traité?

Haro sur le bétonnage

«Pas à notre avis», réplique Sarah Pearson Perret, la secrétaire romande de Pro Natura. «Contrairement à celle des Jeunes Verts, notre initiative pour le paysage ne s’oppose pas à l’agrandissement des zones à bâtir mais réclame de légiférer de manière plus claire sur l’utilisation des zones situées en dehors de celles-ci.» Le texte des initiants s’intéresse en effet à «la séparation entre les parties constructibles et non constructibles du territoire» et demande que «les bâtiments et la surface qu’ils occupent» n’augmentent pas dans ces deuxièmes.

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«Il y a de plus en plus de constructions dans ces zones, assure Sarah Pearson Perret. Des bâtiments agricoles sont réaffectés en résidences secondaires par exemple. Avec pour conséquence la disparition des surfaces nécessaires à la survie des espèces menacées.» C’est là que la deuxième initiative prend le relai. La première agit contre une évolution que nous jugeons négative, explique Pro Natura, la deuxième est là pour «promouvoir une notion inexistante dans les bases légales suisses»: la biodiversité.

Le mouton noir de l’OCDE

Quatre espèces de reptiles sur cinq, près de deux tiers des batraciens, plus d’un tiers des mammifères et des oiseaux et un quart des poissons sont vulnérables ou en danger d’extinction en Suisse, souligne Werner Müller, directeur de BirdLife Suisse. «C’est nettement plus que dans les pays voisins. Nos réserves naturelles sont par ailleurs trop petites et mal connectées entre elles et seules 5,6% des forêts helvétiques sont protégées, l’un des chiffres les plus bas du continent selon l’OCDE. Il est grand temps de réagir.» L’initiative demande que cantons et Confédération mettent à disposition les surfaces, ressources et instruments nécessaires à une amélioration de la situation.

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La biodiversité n’est toutefois pas le seul thème de ce second projet législatif, qui réclame également que les sites historiques, le patrimoine bâti ou encore «la physionomie des localités» bénéficient d’une meilleure protection. N’est-ce pas un peu fourre-tout? «Ce sont plusieurs choses complètement différentes, c’est clair, dit Adrian Schmid, directeur de Patrimoine suisse. Mais la nature, c’est aussi le paysage culturel.» Le problème qui unit ces différents objets, ajoute-t-il, «c’est que l’article actuel sur la protection de la nature et du paysage donne moins de responsabilités à la Confédération qu’aux cantons. Ce système a ses limites quand il s’agit de défendre nos joyaux, qu’ils soient paysagers ou bâtis, contre des intérêts de construction locaux.»

Le mitage fait-il encore vendre?

Lancée sur le très populaire site de récolte de signatures en ligne Wecollect, cette alliance «biodiversité» comptait déjà plus de 5000 signatures mardi soir. Cousin de l’initiative des Jeunes Verts défaite en février dernier, le texte des écologistes «contre le bétonnage» ne récoltait quant à lui au même moment que quelques centaines de signatures. Pour qu'elles atteignent les 100 000 paraphes et qu'elles soient validées, toutes deux ont jusqu’au 26 septembre 2020.

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