Les deux dirigeants de La Poste se retrouvent sur un constat: la nécessité d’agir contre le recul du volume du courrier. La Poste s’attend à une baisse de 30% d’ici à 2015, précise M. Béglé dans «Le Matin dimanche». «Si nous n’agissons pas, ce sera la spirale infernale. C’est la remise en question de notre métier lui-même.»

Selon M. Béglé, ce recul a beaucoup plus d’impact que la levée totale du monopole sur les lettres. La Poste a investi 1,4 milliard de francs dans la construction de nouveaux centres de tri du courrier. Cela lui a permis d’améliorer énormement sa productivité, mais «si les volumes continuent à reculer, il y aura des surcapacités à long terme».

Refusant de chiffrer précisément l’ampleur des suppressions d’emplois à prévoir, le président du conseil d’administration évoque «quelques milliers de postes», mais «à long terme, pas dans les deux ou trois ans à venir». Il assure vouloir tout mettre en oeuvre pour éviter des licenciements, au moins durant la crise. Moins d’offices et de facteurs

Le réseau des offices de poste va de son côté poursuivre son amaigrissement. Sur les 100 offices passés à la loupe cette année, seuls 30 vont être maintenus, confirme M. Béglé. Pas question pour autant d’abandonner la desserte des régions périphériques.

Le géant jaune étudie aussi l’automatisation du tri du courrier qui permettrait de rationaliser la tournée des 20’000 facteurs. Refusant là encore de chiffrer le nombre d’emplois en jeu, M. Béglé annonce des décisions pour le printemps. Technologiquement, La Poste est prête pour le tri, relève-t-il. «La question à présent est de savoir si nous allons le faire ou non.»

Selon M. Béglé, il faut aussi trouver de nouveaux axes de croissance. Pour la première fois, les bénéfices de PostFinance (420 millions de francs) dépasseront en 2009 ceux des secteurs colis et courrier (200 millions), annonce-t-il. Mais les affaires de PostFinance ne seront pas toujours aussi faciles que cette année, avertit-il.

En 2009, PostFinance a reçu 19 milliards de francs supplémentaires sous gestion, dont une importante partie confiés par d’anciens clients de l’UBS. «Lorsque les Suisses reprendront confiance dans le marché des actions, il est à prévoir qu’ils retireront une partie des fonds qu’ils ont déposés chez nous.» Redevance postale controversée

L’idée de la redevance postale n’a jamais été discutée au conseil d’administration, mais «nous l’examinerons naturellement aussi», précise son président. Avec cette innovation évoquée par Michel Kunz dans une interview parue samedi dans la «Basler Zeitung», non seulement l’expéditeur, mais encore le destinataire du courrier devrait passer à la caisse.

Il s’agirait d’introduire une redevance pour l’utilisation du réseau postal de base. Ce serait un somme fixe et indépendante du volume de lettres reçu à verser une fois par an, sur le modèle de la redevance radio/TV.

«L’idée d’une redevance postale n’est absolument pas en discussion au sein du Département fédéral de la communication et je m’en distancie très clairement», a immédiatement réagi son patron Moritz Leuenberger. La Poste prélève déjà des taxes pour le transport des paquets et des lettres ainsi que pour les transactions financières, rappelle-t-il.

La révision en cours de la loi sur la poste prévoit aussi des nouvelles rentrées financières pour le géant jaune, qui doivent permettre de financer le réseau postal de base, précise le conseiller fédéral. Le Conseil des Etats se penche sur ce projet lundi.