C’est parti. Depuis quelques jours, le média que vous lisez a changé de main. Jusqu’au 31 décembre, Le Temps appartenait à la société Ringier Axel Springer Suisse, éditeur de plus de 25 titres dont les centres de décision sont à Zurich et à Berlin. Depuis le 1er janvier, le propriétaire de ce quotidien est la Fondation Aventinus, une fondation à but non lucratif, sise à Genève, créée dans le but principal de «soutenir et stimuler l’existence d’une presse et de médias autonomes, diversifiés et de qualité» en Suisse romande. Cet acte fort ouvre une nouvelle ère, heureuse, ambitieuse et déterminante pour Le Temps.

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Un héritage impressionnant 

Un cumul de 372 ans de journalisme et 5,9 millions d’articles: la Gazette de Lausanne, le Journal de Genève et le Nouveau Quotidien ont laissé un impressionnant héritage à ce nouveau journal qui naissait le 18 mars 1998. Le Temps a vite trouvé sa place et son public. Ceux d’un quotidien de référence, romand, relatant la Suisse et le monde avec exigence.

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Vingt-deux ans plus tard, la crise des médias est réelle et durable, en Suisse et ailleurs. La plus grosse tranche des revenus publicitaires a glissé du papier au numérique, dévorée très largement par Google, Facebook et les autres mastodontes du web, l’audience imprimée se réduit inexorablement et les abonnements numériques sont encore souvent trop peu nombreux. La disparition de L’Hebdo en 2017 et le rétrécissement régulier et inéluctable des rédactions des titres romands de TX Group ont créé un sentiment d’urgence. D’où la démarche d’Aventinus, et le rachat réussi du Temps, après une longue année de négociations. Une action qui place ce journal dans une situation sans doute unique en Europe en lui permettant d’entamer 2021 avec sérénité, malgré douze derniers mois passés en rouge covid et des années précédentes loin d’être aisées sur le plan financier.

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Heidi.news, en voie d’acquisition par la même fondation, devrait connaître ce même destin. Si tout se passe bien, les collaborateurs de ce jeune média pointu et inventif rejoindront la PME qu’est en train de devenir Le Temps. Le dessein est de développer les deux titres, dans leurs différences et leur complémentarité, en préservant la diversité. Comme le disent eux-mêmes les fondateurs d’Heidi.news, «l’invitation d’Aventinus à rejoindre le projet du Temps est une chance historique de maintenir et développer des médias de qualité ancrés en Suisse romande». Nous en reparlerons en temps voulu.

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Alors, à quoi sert Le Temps? A proposer une information indépendante, solide, hiérarchisée, avec un filtre autre que celui des algorithmes, qui permette à chacun de se repérer, à tout instant, dans la masse de contenus qui nous inonde. Ce tri et traitement de l’actualité, dont les fake news seront exclues et les infos futiles oubliées, se feront sur tous les canaux et dans tous les formats. En toute occasion, à n’importe quel moment, Le Temps doit servir de balise. Sur les plateformes numériques dès l’émergence des faits, puis dans un deuxième rythme, avec les compléments qui permettent à chacun de construire sa propre opinion. Ce travail de sélection et de synthèse n’est pas nouveau, il est simplement rendu plus important au vu de la déferlante informative dans laquelle nous nageons. Le paysage technologique rend le journalisme encore plus utile.

Un journal «au service de la communauté» et du débat

Le Temps abordera les questions que vous vous posez face à cette actualité et poursuivra le dialogue avec vous. Quand et comment sortirons-nous du covid? Que deviennent les PME touchées par la crise, et celles qui ont su l’utiliser? Comment rebondir, qui donne l’exemple? Comment agissent réellement nos gouvernements au quotidien? Quels choix politiques aideront la Suisse à se remettre sur les rails? Le journal est au service de sa communauté. Il y a bien sûr les autres défis, par moments éclipsés: le climat, la place de la Suisse dans cette Europe post-Brexit, l’état du monde après Trump, l’émergence de nouvelles puissances et la disparition de l’ordre mondial né après-guerre, les conflits oubliés et les crises humanitaires, pour n’en citer que quelques-uns. A nous aussi de chercher les personnalités inspirantes qui apportent de nouvelles idées et permettent de croire en un monde meilleur.

Il s’agit aussi de promouvoir un débat ouvert, riche et de valeur, à propos des décisions politiques et des choix de société qui en découlent. A l’heure de la «culture de l’annulation», conduisant certaines personnes à s’effacer sous l’effet de meute sur les réseaux sociaux, le débat est devenu difficile. A-t-on le droit de ne pas être d’accord? Quelles sont les limites de la prise de parole à contre-courant? Le sujet est loin d’être simple, mais notre volonté est en tout cas de valoriser la diversité d’opinions et d’encourager le débat politique au sens le plus noble du terme. Entre Romands, avec nos compatriotes alémaniques et tessinois, mais aussi en cherchant des regards et des perceptions aux quatre coins du monde.

Une aide à la décision

Nous prendrons aussi le temps d’investiguer, pour jouer ce rôle crucial de la presse, celui qui garantit le bon fonctionnement de la démocratie. La curiosité et la recherche de vérité sont le moteur de ces démarches. Alors que nous sommes encore pris dans la tourmente de la pandémie et que les débats sur la science sont particulièrement vifs, le journalisme indépendant et rigoureux est plus que jamais nécessaire. Le doute et le regard critique le sont aussi. Ainsi que l’écoute et la capacité à reconnaître nos erreurs.

Les journalistes porteront plus d’attention à l’actualité des Romands. Oui, nous voulons aussi affirmer cette identité supra-cantonale et la porter fièrement, de la Genève internationale à l’industrie horlogère et la culture de La Chaux-de-Fonds, en passant par les hautes écoles et start-up valaisannes. Le Temps parlera de la région dans laquelle vous vivez, se rendra sur le terrain pour raconter les entreprises, l’économie, la culture, le sport, les élus qui nous gouvernent et les mouvements mettant en cause les institutions. Bien sûr, la rédaction gardera les yeux sur l’horizon ouvert, en assumant un intérêt marqué pour l’actualité internationale et en revendiquant un regard suisse sur le monde. D’ailleurs, où se déroulent les événements qui nous influenceront demain?

Un repère, une aide à la décision: voilà la mission d’un média de qualité. Il aspire également à être votre compagnon. Une source de plaisirs – de rires – et de découvertes, autant de surprises qui, nous l’espérons, pourront illuminer votre journée. Car faire briller les idées, qu’elles émanent de philosophes, d’artistes ou d’écrivains, est tout aussi vital que le débat politique. Le but est également de vous faire du bien et de donner la parole à celles et ceux qui auront cette capacité.

Rien que ça? Oui, Le Temps de 2021 est déterminé. L’ambition est élevée mais simple: elle consiste à vous offrir le meilleur. De nombreux talents sont là pour réaliser ce travail: 80 journalistes en ont fait leur quotidien avec passion, d’autres professionnels non moins importants les accompagnent pour délivrer la promesse. Prétendre être un média de référence, le seul quotidien suisse francophone à vocation nationale et internationale, peut paraître arrogant. C’est pourtant bien le pari de l’entreprise qui vient de naître. A relever avec l’humilité indispensable au vu de l’ampleur de la tâche.


Nomination du conseil d’administration

La gouvernance est désormais en place, le conseil d’administration de la société Le Temps SA ayant été nommé le 31 décembre. Il est composé des personnalités suivantes, aux compétences reconnues et complémentaires: Eric Hoesli (président), Tibère Adler (administrateur délégué), Yves Daccord et Abir Oreibi. Eric Hoesli a été le premier rédacteur en chef du Temps. Tibère Adler, avocat et entrepreneur, a été le directeur général d’Edipresse, il est le co-fondateur de la société Heidi.news. Yves Daccord a été le directeur général du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et Abir Oreibi est la CEO de LIFT.

La fondation Aventinus a été fondée en octobre 2019 grâce au soutien de plusieurs fondations, dont notamment la fondation Leenaards, la fondation Jan Michalski pour l’écriture et la littérature et la fondation Hans Wilsdorf. De nombreux mécènes privés ont également apporté leur soutien. Les fondations donatrices ont renoncé à se faire représenter au comité directeur d’Aventinus, « parce que la Fondation Aventinus et ses fondateurs attachent une grande importance à l’indépendance », selon le communiqué de presse diffusé par la fondation à l’annonce du rachat du Temps. Par ailleurs, le conseil d’administration du Temps ne comprend aucun membre issu d’Aventinus ou des fondations donatrices.


Accueil très favorable du rachat

La Société des rédacteurs et du personnel (SRP) du Temps prend acte de la composition du nouveau Conseil d’administration du Temps S.A., annoncée le 31 décembre à Lausanne. Si nous accueillons très favorablement le rachat de notre titre par la fondation Aventinus, nous regrettons profondément que le personnel du journal n’ait pas été associé au Conseil d’administration, comme c’était son souhait unanime. Nous allons donc donner suite à la proposition de participer à un Conseil consultatif qui nous a été faite, et tout faire pour que cette structure ait du poids et de l’influence: la SRP entend bien jouer son rôle. Une page se tourne dans l’histoire du Temps, et dans l’histoire de la presse romande. La SRP sera au rendez-vous de ses responsabilités.

Pour la SRP son président, Frédéric Koller