Après Zurich il y a moins d’un mois, Bâle-Campagne s’en prend à son tour à l’enseignement de deux langues étrangères à l’école primaire. Une initiative contre l’enseignement de l’anglais a été déposée lundi à Liestal, munie de 2141 signatures. Deux langues étrangères au primaire, c’est trop pour les élèves, estime le comité constitué d’enseignants.

Les élèves sont dépassés par l’apprentissage de deux langues étrangères au niveau primaire et il n’est pas prouvé que l’apprentissage précoce de plusieurs langues donne des résultats durables, argumente le comité d’initiative. Actuellement, les écoliers de Bâle-Campagne apprennent le français dès la 3e année primaire et l’anglais dès la 5e (les 5e et 7e années dans le système Harmos).

Le même comité a aussi déposé une deuxième initiative munie de 2209 signatures. Elle demande l’abandon du projet «Passepartout» des cantons à cheval sur la barrière linguistique (BS, BL, SO, BE, VS et FR) qui prévoit l’enseignement du français dès la 3e et celui de l’anglais dès la 5e. Les initiants estiment que ce projet a échoué, car l’apprentissage de deux langues étrangères est trop lourd pour les écoliers.

Nombreuses initiatives similaires

Des initiatives pour l’enseignement d’une seule langue étrangère à l’école primaire ont été lancées dans plusieurs cantons. Dans le canton de Zurich, le principal syndicat d’enseignants a déposé en février une initiative munie de plus de 9200 signatures, bien plus que le nombre nécessaire. Prudent, le texte ne précise pas quelle langue, entre celles de Molière et Shakespeare devrait être enseignée en priorité, la décision appartiendra au Conseil d’Etat. La surcharge des élèves dans des classes de niveau très hétérogène est également pointée du doigt, comme l’inefficacité du modèle actuel.

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Des initiatives similaires ont été déposées, lancées ou sont en préparation dans de nombreux cantons alémaniques, notamment en Argovie, dans les Grisons, à St-Gall, Lucerne et Soleure. En mars 2015, les citoyens de Nidwald ont refusé à 61,7% une initiative de l’UDC exigeant la suppression d’une des deux langues étrangères enseignées à l’école primaire; ce texte visait le français. C’est d’ailleurs très souvent le cas: l’apprentissage du français est plus souvent visé que celui de l’anglais.

Le compromis national sur les langues, difficilement acquis en 2004, est de plus en plus remis en question outre-Sarine. Selon cet accord négocié par la Conférence des directeurs de l’Instruction publique (CDIP), les cantons sont censés enseigner deux langues étrangères à l’école primaire, dont une langue nationale; mais les départements de l’éducation restent libres de déterminer l’ordre dans lequel ces apprentissages sont introduits, en général en 3e et 5e années primaires. La connaissance des autres langues nationales étant considérée comme un élément capital pour la cohésion du pays, les Chambres et le Conseil fédéral pourraient être amenés à hausser le ton et à agir si l’enseignement du français est réellement repoussé au secondaire dans certains cantons.

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