Trois mois après la mutation du directeur de la prison genevoise de Champ-Dollon, une commission d'experts mandatée en décembre 1999 par le Grand Conseil dépose un rapport intermédiaire très critique. Le retentissement de ces conclusions est toutefois atténué par le fait que l'établissement pénitentiaire est désormais géré par un directeur ad'interim. Les experts jugent sévèrement l'organisation de la prison sous la direction de Jean-Michel Claude, qui a occupé ce poste entre février 1998 et mai 2000. Champ Dollon dispose d'une capacité d'accueil de 270 places et emploie environ 200 personnes.

Le rapport, dont l'existence a été annoncée par Le Courrier, signale qu'un profond malaise s'est instauré au sein du personnel. La commission, présidée par André Dunant, consultant en justice juvénile, révèle que la direction procédait «à l'évaluation des membres du personnel selon des critères qui relevaient plus de la subjectivité que de la qualité objective du travail». Ainsi, certains gardiens auraient reçu plusieurs «lettres d'avertissement» leur reprochant des manifestations d'opinion «qui ne s'inscrivaient pas dans les objectifs personnels du directeur». Le rapport s'inquiète notamment de la présence d'un psychologue du personnel qui aurait eu pour fonction «d'informer la direction». Il met aussi au pilori l'accumulation des heures supplémentaires effectuées par les gardiens. «Un administratif a affirmé avoir accumulé 2000 heures de travail supplémentaires en deux ans», précisent les experts.

Pour Jeannine De Haller, députée de l'Alliance de Gauche et présidente de la commission parlementaire des visiteurs officiels dont les membres visitent la prison genevoise deux fois par an, «le rapport confirme le manque de dialogue et les prises de décision arbitraires qui sévissaient à Champ – Dollon». Une version définitive du rapport sera rendue le 30 septembre. Fabienne Bugnon, députée des Verts et qui avait proposé la création de la commission, dénonce la réaction du Conseil d'Etat. «Il a tenté de mettre les bâtons dans les roues au travail des experts». Ces derniers expliquent que le retard dans la remise de leur document est dû au fait que «l'autorisation d'entendre le personnel de la prison leur a été accordée le 20 mars seulement.» Ces auditions ne seraient intervenues qu'après celles réalisées par les deux commissions nommées par le Conseil d'Etat le 19 janvier 2000. Certains députés soupçonnent que ces commissions, dont les conclusions n'ont jamais été rendues publiques, sont à l'origine de la mutation de Jean-Michel Claude.

Daniel Ducommun, président radical du Grand Conseil, indique qu‘il a transmis le rapport intermédiaire à Gérard Ramseyer, chef du Département de justice et police, peu de temps après l'avoir reçu au début du mois de juillet. Selon lui, le conseiller d'Etat, également radical, «tiendra compte des remarques formulées par les experts dans l'organisation du futur Office pénitentiaire qui sera créé le 1er janvier 2001.» Egalement interrogés sur les conditions d'incarcération, les experts s'inquiètent notamment de la surpopulation pénitentiaire de 110% à 130% et de la détention de nombreux mineurs dans une prison qui n'est pas faite pour eux.