Un quatrième pouvoir, «l'anticipatif»! A première vue, la proposition la plus médiatique soumise à la réflexion par l'Association pour la défense des intérêts du Jura (ADIJ), à l'occasion du premier des séminaires marquant son 75e anniversaire, pouvait paraître naïve et redondante. Après tout, si gouverner c'est prévoir, n'est-il pas dans l'attribution naturelle des gouvernements et des parlements de préparer l'avenir?

Le débat qui, jeudi soir, à Moutier, réunissait, sous le patronage du Temps, une quarantaine d'élus locaux, membres d'associations, a pourtant montré que non seulement la question enflammait les imaginations, mais était plus d'actualité que jamais. Le ministre jurassien Jean-François Roth, feignant à demi de jouer le jeu de la provocation, plaida ainsi pour un net renforcement du pouvoir exécutif, trop souvent accaparé par la gestion quotidienne, en proie à des problèmes toujours plus complexes. Si seuls les «preneurs de risques» que devraient devenir les dirigeants politiques sont susceptibles d'opter rapidement pour des orientations politiques importantes, encore faut-il qu'ils puissent être appuyés par un «Observatoire du futur» qui détecterait pour eux les tendances lourdes, les développements technologiques en devenir. Puisque, comme le soulignait Joëlle Kuntz, journaliste au Temps, «l'avenir c'est le lieu des conflits».

Pouvoir de suggestion

Même si un homme politique d'expérience comme l'ancien conseiller aux Etats Gilles Petitpierre ou une politologue comme Katia Horber, de l'IDEHAP, voyaient mal que le Parlement ou le Gouvernement se dessaisissent de leur mission d'envisager le futur collectif, ce qui reviendrait à réduire la politique à une fonction de gestion, du moins admettent-ils que les élus se fassent épauler par des Conseils de l'avenir, avec un pouvoir de suggestion. Après tout, les instituts de démographie, le Fonds national de la recherche scientifique sont à la disposition des élus, même s'ils ne les utilisent pas.

Mais, des conseils de l'avenir existent. Depuis 4 ans, le philosophe Robert Unterreger anime à Berne un Conseil de l'avenir qui formule des objectifs de développement durable, fait des suggestions aux politiques, conduit des projets avec des partenaires, bref crée matériellement une politique visionnaire. Si la Constituante vaudoise vient de repousser de justesse un projet similaire, Pascal Broulis et Armand Lombard (Le Temps du 5 décembre 2000) rêvent, eux «d'une assemblée prospective de Suisse occidentale».

Le débat a montré le souci d'un renforcement de la politique et de son rôle régulateur, le besoin de nouveaux instruments de démocratie, plus souples, plus rapides, d'une simplification des procédures. L'ADIJ s'est engagée à poursuivre la réflexion et à mettre des propositions en débat sur la place publique.