Simple coup de poker pour faire pression sur la Suisse? La société libyenne Tamoil a confirmé jeudi soir «qu'elle a été avisée de la suspension de l'aprovisionnement du pétrole libyen en Suisse», chose qui ne semble pas inquiéter Rolf Hartl, le directeur de l'Union pétrolière suisse. Il avait même parlé mercredi soir d'«autogoal», puisque le geste de Tripoli affecterait essentiellement la raffinerie de Collombey (VS), en mains libyennes, et les 320 stations-service de Tamoil. Cette menace, dont personne ne sait si elle sera vraiment appliquée, est surtout une manière pour la Libye d'exprimer sa mauvaise humeur s'agissant de l'affaire Hannibal Kadhafi. Le fils du leader Muammar Kadhafi a été inculpé à Genève en juillet dernier pour maltraitance envers deux de ses domestiques.

La décision n'a en tout cas pas été transmise à Berne via les canaux diplomatiques officiels, confirme Lars Knuchel, porte-parole du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Tripoli avait d'ailleurs déjà laissé entendre, au début de la crise, qu'il fermerait ses robinets de pétrole. Mais sans jamais mettre sa menace à exécution.

La manière de faire de Tripoli s'explique par la volonté d'obtenir des excuses de la Suisse. Les deux employés d'Hannibal Kadhafi ont fini par retirer leur plainte en échange d'un arrangement, ce qui a permis, début septembre, à la justice genevoise de classer l'affaire. Mais Tripoli ne s'en contente pas. Et la Suisse ne voit aucune raison de présenter des excuses officielles. Voilà qui ressemble à une impasse. Pour régler ce contentieux, une délégation suisse s'est rendue à plusieurs reprises à Tripoli. Et des Libyens se sont déplacés encore tout récemment à Berne. Malgré ces rencontres, le dossier semble avancer à pas de fourmi.

Hausser le ton

Plusieurs scénarios se dessinent pour sortir de la crise. Le premier, le plus rationnel, est de trouver un arrangement satisfaisant les deux parties, mais sans excuses officielles de la Suisse.

Tripoli pourrait aussi finir par se lasser de faire pression sur Berne sans obtenir les résultats escomptés. Et donc discrètement abandonner la partie. Autre scénario, plus radical: que la Suisse hausse à son tour le ton. Berne pourrait décider de couper court aux négociations si l'attitude de la Libye n'évolue pas, décision qui devrait toutefois être prise par l'ensemble du Conseil fédéral en raison des conséquences délicates qu'elle pourrait engendrer, commente un expert.

Deux Suisses sont en effet toujours sous le coup d'une interdiction de quitter le sol libyen et les entreprises suisses qui sont établies dans le pays ne peuvent plus travailler dans des conditions normales. Dans un tel scénario, la Suisse chercherait des alliés pour condamner la Libye en cas de nouvelles mesures de rétorsion. «Si la Suisse faisait partie de l'UE, la Libye n'agirait pas de cette manière. Au bout d'un moment, la Suisse va perdre patience avec ces provocations et dira à son tour: stop!», glisse un connaisseur de la Libye. «Si des pays européens la soutiennent, Muammar Kadhafi sera obligé d'adopter un comportement plus digne.»