Les vendredis se suivent et commencent à se ressembler. Comme la semaine dernière, plusieurs gouvernements cantonaux romands sont montés au front et ont tenu conférence de presse afin d’annoncer un renforcement de leur dispositif face au Covid-19. Cela seulement deux jours après les mesures prises au niveau national par le Conseil fédéral. C’est que la progression de la deuxième vague de la pandémie est particulièrement forte, avec 9207 cas supplémentaires de coronavirus – et 52 décès – en vingt-quatre heures en Suisse, selon les chiffres de l’Office fédéral de la santé publique.

Dans le Jura, la situation est même alarmante. Le canton a enregistré 19 décès liés au covid uniquement ces deux dernières semaines, contre sept pour l’ensemble de la première vague du printemps. Les soins intensifs de l’Hôpital du Jura étant saturés, un premier patient a dû être transféré sur le canton voisin de Bâle. Le gouvernement jurassien a donc décrété l’état de nécessité et a décidé plusieurs mesures draconiennes, valables dès lundi et au moins jusqu’au 15 novembre. Les cafés et les restaurants seront fermés, tout comme l’ensemble des établissements à vocation culturelle ou sportive: musées, théâtres, piscines, patinoires, bibliothèques, casinos… Toutes les réunions publiques ou privées sont dorénavant limitées à cinq personnes.

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Le Jura devient donc le premier canton suisse à faire fermer ses établissements publics. «Nous sommes conscients de l’impact de ces décisions. Nous ne les avons pas prises à la légère, mais nous n’avons plus le choix, a relevé avec gravité Martial Courtet, président du gouvernement jurassien. Nous avions trois variantes sur la table; nous avons opté pour la plus stricte. La priorité est de sauver des vies.» Le ministre de la Santé, Jacques Gerber, a rappelé que le taux d’incidence pour le Jura est monté à 1300 contaminations pour 100 000 habitants: «A titre de comparaison, ce taux en Allemagne et en France oscille entre 300 et 400…»

Risque de rupture du système hospitalier

Du côté de Neuchâtel, le Conseil d’Etat se prononcera en début de semaine prochaine sur l’éventuelle fermeture des restaurants et des lieux culturels, des discussions étant toujours en cours. Mais cela ne pourrait être qu’un sursis. Avec 90 patients pris en charge par le Réseau hospitalier neuchâtelois (RHNe), dont 13 aux soins intensifs, la situation est également très préoccupante. «Si rien de plus ne se passe, le risque d’une rupture du système hospitalier d’ici une à deux semaines est bien réel», a averti Laurent Kurth, le conseiller d’Etat chargé de la Santé, avec la crainte qu’à terme le RHNe n’arrive plus à assurer des soins urgents, tant pour les malades du covid que pour les autres.

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Les autorités neuchâteloises ont d’ores et déjà annoncé ce vendredi un renforcement des mesures. Dès lundi, comme dans le Jura, il ne sera plus possible de se réunir à plus de cinq, y compris dans le cadre privé (la limitation ne concerne pas les enfants de moins de 12 ans). Le télétravail est étendu à l’administration et vivement encouragé. Le port du masque est rendu obligatoire dans les écoles de la 9e à la 11e année HarmoS. «Les personnes vulnérables sont expressément invitées à limiter leurs sorties et leurs contacts», a ajouté Alain Ribaux, conseiller d’Etat chargé de la Sécurité.

L’état de situation extraordinaire

Enfin, le gouvernement neuchâtelois a demandé au Grand Conseil de déclarer urgemment, de nouveau, la situation extraordinaire sur le plan cantonal. Un pas qu’a déjà franchi Fribourg. La décision a ainsi été annoncée ce matin par le Conseil d’Etat in corpore. Les autorités fribourgeoises ont aussi remis sur pied l’Organe cantonal de conduite. «Nous devons être prêts à prendre les mesures nécessaires avec célérité et agilité», a justifié le conseiller d’Etat Maurice Ropraz, à la tête de la Direction de la sécurité.

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Sa collègue chargée de la Santé, Anne-Claude Demierre, a tenu à préciser que «sur les 130 personnes hospitalisées dans les hôpitaux fribourgeois, il y a un enfant et plusieurs jeunes». Si le canton de Fribourg n’a pas annoncé de nouvelles mesures par rapport à celles du Conseil fédéral, ses autorités ont insisté sur la gravité de la situation et l’importance de la responsabilité individuelle. Un message également martelé ce vendredi, à Lausanne, par les autorités vaudoises. «Nous voulons éviter un nouveau semi-confinement, au cœur de l’automne et de l’hiver, car nous savons l’impact psychologique difficile de cette mesure», a souligné la présidente du Conseil d’Etat, Nuria Gorrite.

Pas de porte-à-porte à Halloween

Pour le moment, le canton de Vaud se conforme aux dispositions fédérales, introduisant la limitation à quatre personnes par table et abaissant l’heure de fermeture des établissements publics à 23h (minuit auparavant). Vaud étend aussi la notion de réunion privée (10 personnes maximum) au monde associatif et impose le traçage pour toute manifestation publique. Plus anecdotique, comme Neuchâtel la veille, le canton a demandé que les enfants n’aillent pas effectuer le traditionnel porte-à-porte pour demander des friandises lors de la fête d’Halloween.