Genève Aéroport

«Les nouvelles normes de bruit empêcheraient la réalisation de 1300 nouveaux logements»

Des «divergences» persistent entre le canton et la Confédération sur les nuisances sonores que pourrait accepter l’infrastructure à l’horizon 2030. Le conseiller d’Etat Antonio Hodgers plaide pour un compromis «à la genevoise»

L’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC) a clôturé mardi la première phase d’élaboration de sa fiche PSIA (plan sectoriel de l’infrastructure aéronautique) concernant l’Aéroport de Genève. Ce document clé définit les grandes orientations, en termes de développement, de l’infrastructure aéroportuaire à l’horizon 2030. Un développement qui se base sur des prévisions de croissance du nombre de passagers de 15 millions à 25 millions. Et à la surprise des autorités genevoises, le Département fédéral de l’environnement (Detec), dicastère de tutelle de l’OFAC, n’a pas retenu leurs desiderata en matière d’exposition au bruit auquel seraient soumis les riverains dans les quinze prochaines années.

Le Conseil d’Etat voulait plafonner les nuisances sonores liées au trafic aérien entre 22h00 et minuit, sans pour autant limiter le nombre de vols. L’exécutif estime que les compagnies aériennes peuvent investir dans des flottes moins bruyantes si ces dernières veulent continuer d’accéder au tarmac genevois. Une opinion que ne partage pas le Detec qui évoque des «divergences» sur ce point. Il juge que le renouvellement des avions n’est pas réalisable en un temps aussi court. De surcroît, il estime que cette contrainte malmènerait le modèle économique des principales compagnies aériennes qui opèrent à Cointrin.

Aux yeux du conseiller d’Etat chargé de l’Environnement, Antonio Hodgers, la posture du Detec est jugé «technocratique». Il s’en explique.

Le Temps: Quelle est la teneur des divergences qui vous opposent à la Confédération?

Antonio Hodgers: L’Office fédéral de l’aviation civile travaille sur des courbes de bruit maximalistes alors que nous avons privilégié une approche plus mesurée, qui tient compte autant des intérêts des riverains que de ceux de l’Aéroport de Genève. A l’unanimité, le Conseil d’Etat a estimé qu’il était possible de maintenir les émissions sonores liées au trafic aérien entre 22h00 et minuit à son niveau actuel, sans nuire au développement économique de l’infrastructure.

– Se dirige-t-on vers un bras de fer entre le canton et le département de Doris Leuthard?

– En tous les cas, cette prise de position rallume une guerre qui n’est pas nécessaire, alors même qu’un compromis «à la genevoise» avait été obtenu. Je rappelle juste que les prétentions des riverains étaient encore plus élevées et que nous sommes parvenus à obtenir un modus vivendi.

– L’OFAC rétorque que les compagnies aériennes n’arriveront pas à renouveler leur flotte à l’horizon 2030…

– Ce n’est pas aux compagnies aériennes de dicter la manière dont nous devons gérer notre aéroport. On peut tout à fait imaginer que la grande majorité d’entre elles se plieront à nos règles si elles souhaitent continuer à desservir Genève. Selon nous, l’impact économique serait minime. Nous pourrions perdre, tout au plus, un ou deux vols long-courriers. Mais pire encore, ces nouvelles normes de bruit, si elles devaient être acceptées, empêcheraient la réalisation de 1300 logements et affecteraient directement 10 000 personnes. C’est tout simplement trop.

– Comment comprenez-vous la posture de la Confédération dans ce dossier?

– Je crains qu’elle ne soit un peu technocratique. Le département de Doris Leuthard rend technique une affaire qui demeure avant tout politique. Et c’est au pouvoir politique de reprendre la main dans ce dossier.

– La Confédération pourrait aussi se passer de l’avis du canton, non?

– Effectivement. Mais si la Confédération maîtrise le développement territorial, nous maîtrisons cet outil économique qu’est l’Aéroport de Genève. Ce bras de fer est donc absurde. Une délégation du Conseil d’Etat en discutera directement avec la conseillère fédérale d’ici à l’automne.


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