Compétition 

Des nouvelles olympiades de la santé à Nyon

Les métiers de la santé évoluent, notamment celui d’infirmier. Pour mieux mettre en exergue les compétences des professionnels, ceux-ci s’affrontent lors de joutes spectaculaires

Il y a le jeu politique: ces temps-ci, l’Association suisse des infirmières et infirmiers (ASI) se bat, par le biais d’une initiative populaire, pour que la Confédération et les cantons revalorisent cette profession dans la chaîne de la santé. Dans un registre plus ludique, mais non moins professionnel, le Groupement hospitalier de l’Ouest lémanique (GHOL) organise les premières Olympiades des soins le 20 septembre prochain au Théâtre de Marens à Nyon.

Sept institutions de Suisse romande briguent le podium lors de ce premier «Quiz Care»: les deux hôpitaux universitaires des HUG et du CHUV, deux groupes de cliniques privées (Hirslanden et Swiss Medical Network), ainsi que trois groupements d’hôpitaux de proximité (GHOL, Valais et Broye). Leur personnel soignant sera soumis à une batterie de questions rédigées par un comité scientifique.

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Une nouvelle image

Pour la profession, c’est une manière de communiquer une nouvelle image. Au sein de la population, l’infirmière souffre encore de son image de naguère, celle de la bonne sœur qui accourt à l’hôpital lorsque le patient agite sa sonnette. Mais le métier a beaucoup évolué ces dernières années. Cette profession, qu’on exerçait autrefois par vocation, s’est désormais beaucoup académisée. «Elle demande un vrai savoir-faire», souligne Olivier Cochereau, directeur des soins du GHOL. Les infirmiers passent un bachelor en quatre ans, avant de se spécialiser durant deux ans pour décrocher un diplôme d’expert en soins d’urgence, en soins intensifs ou en anesthésie. «Cette formation de six ans est ainsi d’une durée équivalente à celle du médecin assistant», ajoute-t-il.

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A l’avenir, l’infirmier sera de plus en plus autonome, ce qui modifiera sa relation avec le médecin à l’enseigne d’une complémentarité et d’une interprofessionnalité nouvelles: «L’infirmer prendra davantage de responsabilités médico-déléguées, tandis que le médecin se concentrera sur des tâches plus spécifiques à son domaine», déclare Olivier Cochereau. Dans un service d’urgences, l’infirmier effectue un premier tri des patients, distinguant les cas graves de ceux qui relèvent de la «bobologie». Le médecin se focalise ensuite sur les situations complexes.

Dans cette optique, la faculté de biologie et de médecine de l’Université de Lausanne offre depuis cet automne une formation d’«infirmier praticien spécialisé». Dans le contexte de pénurie chronique de médecins dont souffre la Suisse, ces praticiens effectueront des actes médicaux: ils pourront interpréter des résultats de laboratoire, prescrire des médicaments ou signer la sortie du patient de l’hôpital. «En termes d’économicité, c’est un vrai plus. Les prestations seront moins chères tout en restant de haute qualité grâce à la spécialisation des infirmiers», souligne le directeur du GHOL, Daniel Walch.

Il manque 6500 infirmiers

Le salaire de la profession, dont 84% des effectifs sont composés de femmes, est correct, mais pas vraiment attrayant: entre 5000 et 5500 francs à la fin du bachelor et environ 7000 francs pour un(e) jeune spécialiste. Le recrutement est difficile, car les conditions de travail restes dures avec des horaires de nuit et le week-end. C’est la raison pour laquelle l’ASI a déposé son initiative populaire «Pour des soins infirmiers forts» en novembre dernier. La pénurie de personnel, mais aussi des plans d’économies et les exigences en termes de rendement rendent la situation très préoccupante.

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Le 9 mars dernier, le Conseil fédéral a pourtant décidé de rejeter cette initiative sans lui opposer le moindre contre-projet, estimant qu’il a déjà pris des mesures pour lutter contre la pénurie de personnel qualifié. Une attitude que la profession n’a pas comprise, elle qui souligne que 11 000 postes ne sont pas pourvus dans le secteur des soins, dont 6500 postes d’infirmières diplômées. «C’est d’autant plus décevant que les infirmiers vont devenir un élément clé dans la chaîne de santé à l’avenir», regrette Olivier Cochereau.

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