Hans-Rudolf Merz ouvre la porte à l’échange automatique d’informations, même s’il estime le procédé inefficient en raison de la montagne de chiffres à traiter que cela implique. «La gestion de fortune transfrontalière reste un produit d’avenir», a déclaré le ministre des Finances à la NZZ am Sonntag. Mais pour qu’il se développe, il suppose l’accès à d’autres marchés et des accords avec ces pays. «Si nous voulons un tel accord avec l’Union européenne, nous devons être prêts à adopter les règles de l’Europe. Celles-ci comportent l’échange automatique d’informations», a expliqué le conseiller fédéral. Hans-Rudolf Merz demande aux responsables du secteur financier de prendre une décision sur la question clé: qu’accepte-t-on de payer pour un libre accès au marché européen?

De tels propos ne seront sans doute pas de nature à rassurer les banquiers. Dans un entretien à la SonntagsZeitung, le président des banquiers privés suisses, Konrad Hummler, a fustigé les positions du Conseil fédéral. Il reproche au collège son manque de discernement. La substance même de la place financière est désormais entamée. «Cette panique est insensée, relève-t-il. L’Allemagne parle de données concernant 1500 comptes. Mais on ne sait rien de la qualité de ces informations.» Malgré cela, le gouvernement met sur la table la question de l’échange automatique d’informations, au lieu d’analyser calmement la situation. Pour Konrad Hummler, «le Conseil fédéral a perdu la tête». Il réitère son plaidoyer pour un impôt libératoire.

Samedi à la radio alémanique, c’est le président d’economiesuisse, Gerold Bührer, qui s’en prenait aussi au ministre des Finances: en évoquant la nécessité de réfléchir à l’échange automatique d’informations, Hans-Rudolf Merz a ouvert une «porte dangereuse», formulant ainsi «une proposition malheureuse et inutile».

«Justice fiscale»

Du côté allemand, le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, a affirmé à la NZZ am Sonntag que l’affaire du CD volé était très proche de celle du fichier dérobé au Liechtenstein il y a deux ans. Juridiquement il emprunte la même conclusion que son prédécesseur, Peer Steinbrück. «Nous n’avions aucune marge de manœuvre», a-t-il dit.

Il ajoute que si le ministre des Finances a changé, la cheffe du gouvernement est la même, Angela Merkel. A ceux qui se révèlent déçus de l’Allemagne après le départ de Peer Steinbrück, il déclare que ceux-ci «confondent le contenu et l’atmosphère».

Son objectif primaire n’est pas d’accroître les recettes fiscales, car le montant des sommes en jeu est dérisoire en regard du déficit public. Wolfgang Schäuble préfère parler de «justice fiscale». Il ajoute qu’en matière d’évasion fiscale «la fin justifie les moyens». La fin, c’est la justice fiscale.

Le ministre annonce la fin du secret bancaire en Europe. «Le secret bancaire n’a pas d’avenir en Europe parce que nous avons une autre conception de l’Etat de droit.» La Suisse n’est pas membre de l’Union européenne, mais elle ne pourra pas y échapper. Wolf­gang Schäuble n’entend pas faire pression sur notre pays. Et il reconnaît que la situation n’est pas aisée pour son voisin. Mais «sur la durée, la Suisse ne pourra pas se soustraire à cette tendance», selon lui. «Le secret bancaire avait une autre fonction autrefois, lorsque les citoyens avaient peur de perdre leur fortune», a-t-il ajouté. La solution préconisée par la Suisse, un impôt libératoire qui évite l’échange automatique d’informations, «ne résout pas tous les problèmes», à son avis.

En outre, la Bavière a reçu une offre d’informations bancaire, a confirmé la chancellerie du Land dimanche à l’agence de presse DPA. Les autorités examinent pour l’heure la possibilité d’acheter ces données, pour autant qu’elles aient été acquises de façon légale, a précisé le chef du gouvernement bavarois, Horst Seehofer. Selon des informations du magazine Der Spiegel à paraître lundi, il s’agirait d’informations sur des clients de deux banques en Suisse et au Luxembourg.