VAUD

Le noyau dur des négationnistes entoure Gaston-Armand Amaudruz

Devant le Tribunal correctionnel de Lausanne, la deuxième journée du procès du révisionniste vaudois a vu défiler des rescapés des camps de la mort. Plusieurs témoins de la partie civile ont été réfutés ou ne se sont pas présentés

A l'extérieur de la salle d'audience du Tribunal correctionnel de Lausanne, Jürgen Graf s'agite au milieu de ses sympathisants. Le pape du négationnisme suisse – condamné en 1998 à quinze mois d'emprisonnement ferme pour avoir nié l'existence des chambres à gaz – savoure le décompte des troupes: lundi ils étaient vingt-cinq, mardi à peine moins, à venir apporter leur soutien à Gaston-Armand Amaudruz accusé d'incitation à la haine raciale et de révisionnisme.

Le plus vieux fasciste de Suisse a son fan-club: des amis et des lecteurs du Courrier du Continent – sa revue ronéotypée qu'il diffuse depuis 1946 –, trois, quatre vieilles dames aux cheveux blancs tirés en arrière, un Iranien résidant à Lausanne et un Français qui refuse de décliner son identité. Il peut surtout compter sur sa garde rapprochée, les membres de l'association Vérité et justice, principal club négationniste de Suisse romande. A côté de Jürgen Graf, le président, on retrouve René-Louis Berclaz, son secrétaire au flegme aristocratique, dont la condamnation à quatre mois de prison avec sursis pour propagation raciste a été confirmée le 9 mars par le Tribunal fédéral, et Philippe Brennenstuhl, le trésorier aux allures de garde du corps.

Ressortissant d'Orbe, Philippe Brennenstuhl a également créé en février 1998 la Fondation Aequitas qui a son siège à Genève et dont les statuts affirment défendre la liberté d'expression. Selon le journaliste et spécialiste de l'extrême droite Hans Stutz, son but est d'apporter un soutien aux négationnistes. Son cofondateur, le Genevois Patrick Richard, n'est autre… que l'avocat de Gaston-Armand Amaudruz. L'avocat explique qu'il a quitté l'association courant 1998 et dément avoir des sympathies pour les thèses négationnistes.

Dans un pamphlet distribué hier à Lausanne, Vérité et justice dénonce une procédure «stalinienne» et «totalitaire». «C'est un procès politique, affirme, péremptoire, Jürgen Graf. Le président du tribunal ne connaît rien du tout au révisionnisme. Il ne sait même pas qui est Zündel (ancien SS et célèbre auteur négationniste retiré au Canada, n.d.l.r.)!» L'«ami français» éclate de rire. Ce dernier raconte que «pas mal» de Français s'intéressent à Amaudruz, même si les médias de l'Hexagone ont fait le «black-out» sur le procès.

Procès diffusé dans le milieu

Jürgen Graf explique qu'il vient à Lausanne pour se documenter. Ses comptes rendus seront diffusés par les principales revues révisionnistes du monde, en Allemagne et aux Etats-Unis, et bien sûr par Vérité et justice. Dans son dernier bulletin, l'association a publié une conférence donnée le 10 mars à Sion par le révisionniste bâlois. Son thème? Le rapport Bergier, qualifié, dans une postface de Philippe Brennenstuhl, d'entreprise issue des milieux «sionistes et maçonniques». Lors de cette soirée valaisanne, qui a réuni une cinquantaine de personnes, le service d'ordre était assuré par des skinheads neuchâtelois.

Avant de regagner la salle d'audience, Jürgen Graf rappelle le credo révisionniste: il n'y a pas eu de plan d'extermination nazi, il n'y a pas eu de chambres à gaz et il n'y a pas eu six millions de morts juifs. Une jeune fille venue assister au procès intervient: «Et que faites-vous des témoignages des survivants?

– Ils ne valent rien.»

Un jeune homme renchérit: «Et les confirmations apportées par les nazis eux-mêmes?

– Extorquées sous la torture des vainqueurs.»

L'échange tourne rapidement au dialogue de sourds. Obsédé par des détails techniques relatifs à l'Holocauste, le négationniste bâlois s'emporte: «C'est toujours comme cela avec les juifs. Ils ne répondent jamais à nos questions!»

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