La crise de l’euro occupe plusieurs journaux du dimanche. Dans une grande interview accordée à la «SonntagsZeitung», et traduite en version raccourcie dans «Le Matin Dimanche», Thomas Jordan, président de la Banque nationale suisse ne cache pas son inquiétude. «La situation ces dernières semaines s’est dégradée et est devenue beaucoup plus incertaine.» Un groupe de travail de la Confédération prépare des mesures pour divers scénarios, dont - « ce que l’on ne peut pas exclure » - une sortie de la Grèce de l’union monétaire. Parmi ces mesures, un contrôle des mouvements de capitaux vers la Suisse. Les étrangers ne pourraient ainsi investir en francs suisses que de manière limitée et à certaines conditions. Une intervention qui irait plus loin que le cours plancher dont un porte-parole de la BNS se fait également l’écho dans la «NZZ am Sonntag».

Thomas Jordan défend par ailleurs le cours plancher du franc suisse à 1,20 euro, «même si le franc est indubitablement une monnaie surévaluée.» «Je comprends qu’une hausse du cours de change minimal soit souhaitée. Mais nous ne pouvons pas manipuler notre devise à loisir. Le cours actuel est réaliste et il a bénéficié à la conjoncture suisse.»

Dernier souci de Thomas Jordan, l’apparition d’une bulle immobilière en raison des taux hypothécaires tendant vers zéro. «Le Conseil fédéral décidera ces prochaines semaines de l’introduction de mesures anticycliques concernant les fonds propres des banques. Pour l’instant, la Suisse a été largement épargnée par la crise. Mais si les prix de l’immobilier et les hypothèques continuent d’augmenter et qu’on arrive à une bulle, nous aurions notre crise bien à nous.»

Toujours à propos des nuages qui planent sur la place économique et financière suisse, «Le Matin Dimanche» relate la descente d’une dizaine d’émissaires de l’Etat de Singapour en ville de Genève. Cette task force tente d’attirer en Extrême-Orient les sièges de société de négoces des matières premières situés dans la Cité de Calvin. Comme l’explique le président du Conseil d’Etat genevois Pierre-François Unger : «Ça tire de tous les côtés.»

Turbulences aériennes

Le Gripen, l’avion de combat de fabrication suédoise que le ministre de la défense Ueli Maurer souhaite acquérir pour l’armée suisse a pris un nouveau coup dans l’aile. De la part du président du parti libéral-radical suisse Philipp Müller. « Il faudrait réfléchir à renoncer au Gripen », déclare l’Argovien dans «Sonntag». « Militairement, l’appareil est contesté. De plus, on ne peut pas lier son achat à des dossiers politiques. »

Pour Philipp Müller, autant profiter de cette acquisition pour régler des problèmes avec nos voisins. Les Allemands seraient peut-être prêts à un « deal » sur la question des nuisances sonores de l’aéroport de Zurich si la Suisse choisit l’Eurofighter. Le Rafale permettrait d’aborder l’accord de double imposition avec les Français. Selon «Sonntag», les deux conseillers fédéraux libéraux-radicaux Didier Burckhalter et Johann Schneider-Ammann seraient disposés à soutenir cette stratégie.