L’expression du jour

La nuit des longs couteaux

Avant l’élection aujourd’hui du successeur de Pascal Couchepin, de nombreuses tractations ont eu lieu en coulisses durant «la nuit des longs couteaux». La locution est désormais entrée dans le jargon politique et médiatique. Mais d’où nous vient-elle?

Allemagne, 29-30 juin 1934. Menée en tête par l’officier Ernest Röhm, la SA (section d’assaut) entend rivaliser avec l’armée du IIIe Reich et exige plus de pouvoir. Hitler ne peut tolérer cette menace. Sur son ordre, son escadron de protection, les fameux SS (Schutzstaffel) se chargent de supprimer près d’une centaine de ces «chemises brunes» désormais indésirables lors de «la nuit des longs couteaux». Un coup d’éclat violent, consacrant alors le soutien total du Führer par l’aile conservatrice et bourgeoise de l’Allemagne nazie.

Québec, 4-5 novembre 1981. Des ministres provinciaux se réunissent dans la cuisine d’un hôtel d’Ottawa. Avec le premier ministre du Canada, Pierre Elliott Trudeau, ils signent ensemble l’acte constitutionnel de 1982. A l’insu de René Lévesque, premier ministre québécois, qui dormait cette nuit-là à Hull. Cet accord mit fin à la tutelle du Royaume-Uni sur le Canada, en rapatriant la constitution outre-Atlantique. Le Québec, qui n’a toujours pas digéré ce coup de poignard dans le dos, n’a jamais ratifié le texte.

En Suisse, plusieurs «nuits des longs couteaux» ont déjà secoué la coupole fédérale. Selon les spécialistes, l’expression a pris forme à partir de l’élection de 1973, quand les trois éligibles officiels furent coiffés sur le poteau par trois candidats surprises (Georges-André Chevallaz, Willi Ritschard et Hans Hürlimann). Puis, en 1983 lors de l’éviction inattendue de la socialiste Liliane Uchtenhagen, le vocabulaire se précise et l’on parle aussi d’«hommes des tavernes» pour qualifier les parlementaires en conciliabules. La non-réélection de Christoph Blocher en 2007 a popularisé la locution, jugée parfois trop violente par certains.

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