L’utilisation des canaux numériques s’accélère et met de plus en plus La Poste sous pression. C’est l’une des constatations faites par les dirigeants de l’entreprise jeudi lors de la présentation des résultats 2016. Le nombre de lettres adressées a diminué de 3,8%, soit plus fortement qu’en 2015 (-1,4%). Or, une baisse de 1% du volume des lettres équivaut à un recul de recettes de 14 millions. Grâce à des mesures internes, le produit d’exploitation du secteur PostMail a néanmoins progressé, passant de 2,82 milliards à 2,906 milliards de francs. Mais le résultat de ce segment est inférieur à celui de l’exercice précédent: 317 millions contre 358 millions.

En contrepartie, le commerce en ligne a confirmé sa progression, ce qui profite aussi à La Poste, puisque le nombre de colis transportés s’est élevé à 122 millions, en hausse de 5,7%. «C’est à nouveau un record», commente la directrice générale Susanne Ruoff. Mais la concurrence est aussi à l’affût. Or, contrairement à La Poste, regrette-t-elle, les autres acteurs du marché peuvent répercuter les coûts et proposer des livraisons à des prix plus bas. Parmi les ripostes envisagées, La Poste regarde au-delà des frontières nationales. Susanne Ruoff ne cache pas son intérêt pour le programme Interconnect, qui a pour but d’offrir aux clients numériques privés et commerciaux un réseau de distribution international intégré.

Une banque digitale mais sans crédits

L’évolution du numérique concerne également la filiale PostFinance, qui, malgré les taux d’intérêt négatifs de la BNS, affiche un résultat de 542 millions, en hausse de 83 millions. En 2016, l’augmentation des avoirs de la clientèle s’est élevée à 4,5 milliards de francs. Or, souligne son directeur Hansruedi Köng, PostFinance renforce régulièrement son offre digitale pour gérer la fortune de ses clients. «Même si elle ne peut pas proposer de crédits, PostFinance est une banque, une banque qui misera plus sur le numérique qu’aujourd’hui. Cela ne nous empêchera pas de tenir compte du mandat de service universel et d’avoir toujours des points d’accès physiques», décrète-t-il.

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On touche là au cœur du problème socio-politique auquel La Poste est confrontée. Toujours moins de courrier, toujours moins de clients aux guichets, toujours plus de courriels et de transactions électroniques. La Poste a présenté en octobre 2016 un plan d’adaptation de son réseau qui prévoit de n’exploiter plus que 800 à 900 offices de façon directe. En parallèle, elle veut développer les agences ainsi que les points d’accès (automates, retraits dans les gares ou les stations-service). Au total, l’entreprise compte maintenir 4000 points de contact à ses clients.

Salaire en discussion

Le syndicat Syndicom ne partage pas cette analyse. Il s’oppose au démantèlement du réseau. Considérant que le groupe est toujours bénéficiaire, il milite pour que La Poste «préserve en son sein les compétences et les plus-values. Il est d’avis qu’un partenariat social fort ne peut se faire qu’en impliquant le personnel dans la transformation numérique, pas en externalisant des prestations. Président du conseil d’administration, Urs Schwaller réplique que «la transformation d’offices de poste traditionnels en agences permet à La Poste de rester proche de ses clients au travers d’un réseau qui couvre tout le territoire, avec des heures d’ouverture plus longues et tout en réduisant les coûts.»

Le processus de consultation entamé l’automne dernier pour la restructuration du réseau va maintenant entrer dans sa deuxième phase. Des décisions concrètes sont attendues avant l’été. Urs Schwaller souhaite surtout éviter que l’on impose à La Poste un «carcan politique étroit», ce qui serait le cas si certaines idées se concrétisaient. Il fait allusion à un éventuel moratoire sur la réorganisation du réseau ou l’exigence de pouvoir faire effectuer des retraits d’argent importants dans les agences.

La question du salaire de la directrice générale est aussi régulièrement évoquée. Susanne Ruoff a gagné 974 000 francs en 2016, dont une part variable de 317 000 francs (52% du revenu fixe de 610 000 francs, en recul de 1% par rapport à 2015). C’est 10 000 francs de moins que l’année précédente. Or, le Conseil fédéral demande de limiter le bonus à 50% du salaire de base. Urs Schwaller promet de respecter cette règle.