Le calendrier laisse une marge certaine. Mardi, la conseillère d’Etat genevoise chargée du Département de l’instruction publique (DIP), Anne Emery-Torracinta, a présenté à la presse l’ébauche de «ce que sera l’école en 2050, et qu’on prépare aujourd’hui». L’école ne saurait en effet échapper à la quatrième révolution industrielle – le numérique, qui change la façon d’apprendre comme celle d’enseigner.

Le DIP a donc mené une réflexion autour de ce double enjeu: enseigner le numérique en tant qu’objet (c’est-à-dire les fondements de l’informatique, les bases du codage et de la programmation), mais aussi l’utiliser comme un moyen censé favoriser la collaboration des élèves et le travail par projets.

Tablettes et wi-fi

Les premières intrusions numériques au royaume des tableaux noirs ne devraient pas se faire attendre, et ce dans tous les degrés de l’enseignement obligatoire. Deux projets de loi du DIP réclament l’ouverture d’un crédit d’investissement de 11 millions de francs pour équiper les écoles primaires et spécialisées de 17 000 tablettes; un autre de même montant servira à acquérir 3200 tablettes et à équiper les cycles d’orientation de wi-fi. Des outils qui ne seront utilisés que s’ils apportent une plus-value pédagogique, insiste la conseillère d’Etat. Elle estime par exemple que les bases du codage pourront être enseignées à travers la logique dès la première primaire.

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A la rentrée 2019, le cycle connaîtra des aménagements de sa grille horaire: en 9e année, l’actuelle bureautique cédera le pas devant la science informatique et le profil «sciences appliquées» sera créé dans les deux années suivantes. Au collège, l’informatique deviendra une discipline obligatoire au plus tard à la rentrée 2022, pour répondre aux exigences intercantonales. «Nous voulons aussi développer les approches transversales, en imaginant par exemple un cours dispensé par un professeur d’informatique et un de philosophie», explique Anne Emery-Torracinta. Elle ne cache pas qu’il faudra à terme, si l’on veut rajouter des périodes, couper ailleurs.

«Chacun porte dans sa poche une bibliothèque universelle»

C’est ici qu’on voit poindre une chicane. Jean Romain, député PLR au Grand Conseil: «Au collège, c’est la fronde, il y a d’ailleurs eu une série de pétitions. Les enseignants craignent qu’on instaure l’informatique au détriment de leurs branches. De plus, la transversalité, qui postule que tout se retrouve dans tout, est un mythe.» Le député assène: «Quand on sait que 17% des jeunes ne savent ni lire ni écrire à la fin du cycle, on se dit que le numérique n’est pas urgent, même s’il ne faut pas faire l’impasse pour autant.»

Des craintes qu’Anne Emery-Torracinta ne nourrit pas: «Il n’est pas question d’abandonner le papier et le crayon. Mais, aujourd’hui, chacun porte dans sa poche une bibliothèque universelle. Devant l’accumulation des informations, l’enseignant doit apprendre aux élèves à prendre du recul, à vérifier les sources, il doit transmettre des savoirs tout en intégrant le fait qu’il a désormais un concurrent numérique.»

Un point qui étonne Julien Nicolet, du syndicat des enseignants du CO (Famco): «Le DIP fait mine de découvrir ces nouvelles manières d’enseigner, alors qu’on les pratique déjà depuis dix ans! Les enseignants savent qu’ils ne sont pas les seuls vecteurs du savoir et ils utilisent déjà le numérique.» Il salue en revanche les réformes prévues au cycle. Comme dans les autres degrés, elles nécessiteront une formation des enseignants.