Suite à l’aboutissement de l’enquête administrative dirigée par l’ancien juge Louis Peila relevant des «manquements» dans la gestion de la manifestation sauvage du 19 décembre 2015, le gouvernement genevois a décidé de sanctionner le numéro deux de la police, alors chef des opérations. Le lieutenant-colonel Christian Cudré-Mauroux sera dégradé au rang de major pour une période de quatre années, fait savoir mercredi l’exécutif dans un communiqué envoyé tardivement en fin de journée. Désormais rattaché à l’office cantonal de la protection de la population et des affaires militaires, son traitement salarial sera corrélé à sa nouvelle fonction, précise encore – s’il le fallait – le communiqué.

Dispositif policier pas suffisamment fourni, estime aussi le Conseil d’Etat

Selon les conclusions de l’enquête, «au vu des indices recueillis», le policier aurait dû considérer que la manifestation – laquelle avait vu plusieurs bâtiments publics et vitrines être vandalisés – relevait d’une catégorie «différente» des manifestations précédentes. Il lui est reproché de n’avoir pas engagé un dispositif policier suffisamment important, soit 31 policiers pour plusieurs centaines de manifestants, dont une cinquantaine particulièrement virulents.

Plus grave encore, juge le Conseil d’Etat, l’intéressé aurait «gardé le silence, concernant des renseignements qui avaient pourtant été portés à sa connaissance avant le déroulement de la manifestation et dont il n’avait jamais parlé ensuite, pour des motifs inconsistants. Son silence s’est répété, malgré des requêtes explicites de sa hiérarchie. Son comportement a eu pour conséquence que le conseiller d’Etat en charge du DSE et la cheffe de la police ont exprimé des contrevérités à une commission parlementaire et ont diffusé un rapport conclusif incomplet, respectivement contraire à la réalité.»

Si cette décision est exécutoire, l’avocat de Christian Cudré-Mauroux annonce d’ores et déjà qu’un recours sera déposé.

Députés fâchés contre le Conseil d’Etat

Alors que plusieurs députés de la Commission de contrôle de gestion, réunis en une sous-commission spécifique, tentent toujours de faire la lumière sur la gestion, politique et policière, de la manifestation, la sanction prononcée par l’exécutif dérange. Alors que leur rapport doit être rendu public le 12 septembre, les élus déplorent que l’exécutif n’attende pas leurs conclusions et estiment que le Conseil d’Etat fait preuve de «peu d’égard» pour leur travail parlementaire.