portrait

Nuria Gorrite, le bonheur de la politique

La syndique socialiste de Morges sort en tête du second tour pour l’élection du gouvernement vaudois. Recette d’une popularité

En prenant la tête du second tour de l’élection au gouvernement vaudois, Nuria Gorrite se confirme comme la nouvelle vedette de la politique vaudoise. En brûlant la politesse tant à l’expérimentée Anne-Catherine Lyon qu’à la conseillère d’Etat à peine sortante Béatrice Métraux, elle montre qu’elle a mis à profit la seconde partie de la campagne pour consolider sa performance déjà appréciable du premier tour.

Cet excellent résultat n’est pas tout à fait une surprise. Chez les socialistes, au moment du lancement de sa candidature, certains craignaient justement qu’elle ne porte une ombre dangereuse à la cheffe du Département de la formation et de la jeunesse. L’ombre portée, si elle est bien là, n’aura finalement pas entraîné de conséquences contre-productives pour le camp de la gauche.

La politique fait-elle la preuve de son injustice dès lors que celle qui prend la tête du classement est précisément une nouvelle venue qui n’a pas de bilan cantonal à faire valoir et qui ne jouissait pas au départ d’une notoriété particulière en dehors de sa région morgienne?

Souriante et pimpante, Nuria Gorrite a aussi montré dans cette campagne une forte vitalité, un plaisir visible d’être au premier plan et un bonheur communicatif de faire de la politique.

A 41 ans, Nuria Gorrite entre au Château cantonal avec autant d’aisance apparente qu’elle a gravi les précédents échelons. Sa carrière politique, somme toute très classique, illustre parfaitement celle des politiciens socialistes de sa génération qui, à partir des villes, s’emparent peu à peu d’un pouvoir cantonal qui semble s’ouvrir à eux comme un boulevard.

Elle figurait depuis un certain temps parmi les magistrats municipaux que le Parti socialiste vaudois (PSV), désormais premier parti du Conseil d’Etat, met en avant pour témoigner de son aptitude à gouverner. Même si son bilan politique à Morges - où elle se flatte d’avoir multiplié les places de garderie et sensibilisé la population à la valeur des espaces publics - n’est pas forcément le premier de ses atouts.

La Côte, région emblématique d’une croissance vaudoise parfois incontrôlée, sera avec elle représentée à nouveau au Conseil d’Etat, ce qui n’était plus le cas depuis ledépart de Claude Ruey, il y a dix ans.

Après un premier engagement politique à Amnesty International, elle entre au Conseil communal de Morges à 23 ans. A 30, elle est municipale, à 37 ans syndique.

Fille d’immigrés espagnols aux origines basques et catalanes, Nuria Gorrite ne rate pas une occasion de rappeler que son père a été ouvrier d’usine. Avant de glisser que la vie de politicien, quoi qu’en disent certains, est agréable en comparaison. Elle est à son tour mère d’une fille aujourd’hui adolescente.

Cette fille de la seconde génération a montré du goût pour le pragmatisme et le consensus. Elle a été amenée à travailler dans sa ville avec un Conseil communal à majorité variable. Son excellente réélection à la syndicature témoigne de son habileté à mener sa barque.

Nuria Gorrite n’est pas arrimée aux barrières idéologiques et la meilleure illustration s’en trouve peut-être dans une vie privée qui du coup ne l’est plus tout à fait. La socialiste de Morges a pour compagnon le conseiller national PLR Olivier Feller, patron de la Fédération vaudoise immobilière. Au Conseil d’Etat, Nuria Gorrite ne s’occupera en principe pas du logement. Cela devrait lui éviter de se retrouver en première ligne dans la bataille que la gauche a annoncé vouloir mener contre la droite, en menant sur ce sujet une politique beaucoup plus interventionniste.

On s’attend plutôt à ce que Nuria Gorrite reprenne le Département des infrastructures (DINF) laissé par le Vert François Marthaler. Elle s’y est préparée, notamment via la politique des agglomérations, qui lui est familière en tant que syndique de Morges.

Nuria Gorrite doit maintenant trouver sa place comme conseillère d’Etat dans une équipe dominée par les sortants et dans une majorité emmenée par Pierre-Yves Maillard. Stimulant ou redoutable d’être désormais dans l’orbite d’une figure aussi forte? Nuria Gorrite avoue être partagée entre les deux sentiments. Mais rappelle qu’elle a du caractère: Et d’assurer que «nous nous sommes déjà engueulés. »

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