C’est un plan média qui a fait son chemin, né des inquiétudes populaires liées à la fermeture de L’Hebdo, de la version papier du Matin ainsi que des restructurations de l’ATS. Un plan d’action en faveur de la diversité des médias vaudois que présentait jeudi matin Nuria Gorrite, la présidente du gouvernement, en espérant que le canton de Genève la rejoigne par la suite, et appelant à créer des ponts avec l’aide fédérale.

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Comment offrir un soutien à la presse, de manière impartiale et sans exiger un quelconque regard sur le contenu de l’information? En incitant les jeunes entrant dans l’âge adulte à s’informer. Chaque année, huit à neuf mille Vaudois atteignent l’âge de la maturité, et le canton de Vaud veut à cette occasion leur offrir un accès – contre un petit émolument symbolique – à un kiosque numérique, panel de journaux traitant de l’actualité vaudoise.

Un kiosque virtuel

«Ce que le Conseil d’Etat propose aujourd’hui dépasse l’aide à la presse, c’est l’instauration d’une nouvelle politique publique de formation des jeunes, annonce la ministre socialiste. Le fonctionnement d’une société démocratique repose sur la possibilité de se former librement une opinion sur les événements du monde et les questions politiques, qu’elles soient locales ou nationales. Nous proposons pour ce faire la création d’un kiosque virtuel. Le but est d’agréger les offres payantes existantes des différents médias couvrant l’actualité vaudoise et d’offrir à ces jeunes la possibilité d’y accéder pour une année à un tarif hautement préférentiel. L’intérêt pour l’Etat est de contribuer à avoir une future génération de votants qui soit familière avec l’idée d’aller chercher de l’information. Puis, charge aux éditeurs d’avoir un contenu susceptible de les intéresser, et de les fidéliser par la suite!»

La conseillère d’Etat ne croit pas en l’idée que les jeunes ne s’intéressent qu’à ce qui est gratuit. «Ils ont un compte Netflix, un abonnement Spotify, je veux les former à l’idée d’une presse payante et casser le biberon de la gratuité.»

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Une expérience pilote au sein d’une vingtaine d’établissements de l’enseignement obligatoire et postobligatoire permettra de constituer des «packs média» comprenant plusieurs abonnements à différents titres vaudois, régionaux et locaux. Le contenu de ces packs et le choix des médias qui les composeront se feront sur des critères pédagogiques propres à chaque expérience pilote, en vue de favoriser l’exercice de la citoyenneté.

Augmenter les dépenses publicitaires

Mais ce n’est pas tout. Dans les mesures de court terme et immédiatement transposables figure l’augmentation des dépenses publicitaires, sous forme d’annonces de service public ou d’emplois. Le soutien à l’agence Keystone-ATS est également proposé en assumant financièrement l’équivalent d’un poste de journaliste à temps plein afin de couvrir l’actualité vaudoise.

«Face à la crise de l’ATS, beaucoup de petits journaux se sont retrouvés dans des difficultés d’approvisionnement de leur fil d’actualité, reprend Nuria Gorrite. Nous avons craint un éloignement des préoccupations liées à l’actualité vaudoise. C’est dans ce sens que nous proposons un partenariat financier avec l’agence.» La formation de futurs journalistes serait aussi soutenue par la prise en charge des frais d’écolage pour les stagiaires.

6,2 millions à faire valider par le Grand Conseil

6,2 millions seront nécessaires pour ce plan d’action. Le gouvernement compte allouer durant cinq ans les moyens disponibles pour la mise en œuvre d’un décret spécifique, instituant des mesures de soutien à la diversité des médias. Une évaluation du dispositif sera transmise, sous la forme d’un rapport au Grand Conseil, et si la situation l’exige le gouvernement viendra avec un projet de loi pour pérenniser le dispositif d’appui à la diversité des médias, en modifiant la loi sur l’information. Le Conseil d’Etat précise que ces mesures, qui ne doivent en aucune manière fausser la concurrence, respectent le principe fondamental de liberté rédactionnelle et éditoriale des médias.

La présidente du Conseil d’Etat espère que le parlement se prononcera sur son projet avant l’été, afin de pouvoir commencer à mener des négociations avec les éditeurs pour mettre en place des abonnements à prix préférentiels pour les jeunes. Parallèlement, un panel de jeunes sera constitué pour travailler main dans la main à cette plateforme numérique. Car «le succès de la mesure dépendra de la qualité de ce qu’on pourra leur offrir sur la plateforme».

Premier canton suisse

Le canton de Vaud serait ainsi le premier canton suisse à offrir une aide à la presse. Sur le plan fédéral, le montant des aides indirectes, sous la forme de rabais de distribution, se monte à 50 millions de francs annuels, dont 30 millions dédiés aux quotidiens ou hebdomadaires locaux et régionaux, et 20 millions pour la presse associative. A ce montant s’ajoutent 73 millions de francs sous la forme d’un taux de TVA réduit et 5,3 millions affectés à la recherche dans le domaine des médias.

A l’échelon communal, la Ville de Lausanne est à l’origine d’une initiative engagée en matière d’aide à la presse écrite imprimée. En 2018, la municipalité annonçait renforcer l’information directe à la population par un partenariat avec l’hebdomadaire gratuit Lausanne-Cités, en y achetant un encart rédactionnel de quatre pages consacré à la Ville de Lausanne, 22 fois l’an, pour un coût de 170 000 francs et une durée de cinq ans.


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