Il n'y aura pas de requérants à Vugelles-La Mothe. La résistance enflammée et en partie haineuse des habitants à l'arrivée de dizaines de candidats à l'asile a fini par faire peur à tout le monde. A commencer par le propriétaire de La Source, qui espérait louer sa vaste bâtisse à la Fareas, la fondation chargée de l'accueil des réfugiés dans le canton. Ce propriétaire a annoncé qu'il y renonçait, dans un geste semble-t-il spontané, «au vu des graves événements et des menaces d'incendie». Il n'a pas reçu de mises en garde particulières, mais les échos médiatiques des derniers jours lui ont suffi. «Je ne cherche pas la bagarre, je retire mon offre», a-t-il indiqué. Faisant son deuil d'un loyer de 6800 francs, il espère maintenant que les services sociaux régionaux l'aideront à trouver comme locataires des retraités peu fortunés mais en bonne santé et désireux de vivre en communauté. «Ce seront des Suisses, des gens tranquilles.»

Abandonner, c'est aussi la recommandation que faisait la Fareas. «Les manifestations de rejet ont exprimé une telle violence symbolique que la sécurité du personnel, des requérants voire de la population n'était plus assurée», indique son porte-parole, Matthieu Bendel. Ce dernier se réfère notamment à l'incendie d'une croix, le soir où le conseiller d'Etat Pierre Chiffelle s'est rendu dans la commune. La Fareas dit avoir été aussi impressionnée par la violence de certains propos tenus dans le forum électronique de 24 Heures.

«Dérapages inadmissibles»

Pierre Chiffelle a tenu aussi à dénoncer «des dérapages inadmissibles et une hostilité hors du commun d'une partie de la population, dont la libre expression des opinions ne saurait s'accommoder». La décision du propriétaire arrange bien le socialiste, qui aurait dû dans les tout prochains jours décider de la suite à donner à ce dossier. Si la décision d'abandonner paraissait la plus raisonnable, elle n'était pas sans danger non plus, dans la mesure où elle aurait invité les communes à suivre la voie montrée par Vugelles.

La cellule de crise de la Fareas, mise sur pied il y a environ un an pour faire face à la pénurie de logements, continue ses recherches intensives d'appartements et de bâtiments disponibles. Elle évitera désormais de dire que nécessité fait loi et y réfléchira à deux fois avant de proposer un placement dans un tout petit village en bout de route. Dans l'immédiat, des pourparlers sont en cours avec des communes pour l'ouverture prochaine de «un ou plusieurs abris PC supplémentaires». Quelque 40 requérants arrivent chaque semaine dans le canton.

Madeleine Cuche, syndique de Vugelles-La Mothe, se réjouit de ce «bon dénouement qui rendra la tranquillité au village». Désavouée par ses administrés pour être entrée dans une négociation avec l'Etat sur le nombre des requérants, elle a réduit ses ambitions: «Nous serions prêts à accueillir une famille.» Dix jours après avoir démissionné, syndique, municipaux et président du conseil acceptent de reprendre leur charge.