Trois camps s’affrontent à Nyon pour les élections communales de mars prochain. La plateforme de gauche avec Daniel Rossellat, syndic depuis 2008, l’Alliance du centre droit et l’UDC.

POP, socialistes, Verts entendent conserver la majorité à la municipalité, soit 5 fauteuils sur 7. Au législatif, où la droite comptabilise 51 sièges sur 100, la gauche espère défaire l’aile libérale conservatrice. Malgré les divisions qui affaiblissent le POP, la plate-forme peut s’appuyer sur l’aura intacte du gourou de Paléo. Daniel Rossellat – «orienté solutions», synthétise un proche – incarne le pragmatisme centré sur l’humain dont se réclame la plate-forme.

En face, quatre libéraux radicaux – un de trop selon certains – et un représentant du Parti indépendant de Nyon (PIN) veulent reprendre la main sur l’exécutif perdu en 2006. Les Verts libéraux, néophytes à Nyon, sont aussi de la partie. Ils se sont joints à l’Alliance sans présenter de candidats.

André Francis Cattin, chef de file UDC, va batailler en outsider. Celui-ci mène actuellement campagne contre la présence des requérants d’asile au centre-ville après la bagarre collective survenue dans l’abri de la protection civile qui héberge depuis deux ans plus de 100 ressortissants étrangers. L’UDC, écartée de l’Alliance, ne fera pas de concessions au centre droit et tentera de doubler sa mise au parlement citadin (en passant de 7 à 14 élus).

Nyon, sur La Côte, essuie les vagues du raz de marée démographique et économique qui s’abat sur l’Arc lémanique. La ville arbore deux visages. Un bourg pittoresque sur les rives du Léman. Une métropole en miniature autour de la gare. Elle compte 18 000 résidents et 12 000 emplois, dont seuls 3000 occupés par des Nyonnais. Les multinationales prolifèrent et dopent le coût de la vie.

La commune piaffe à la périphérie orientale de l’agglomération franco-valdo-genevoise, non sans avoir le sentiment d’être délaissée par le canton de Vaud. A l’est, Lausanne-Morges tourne à plein régime. A l’ouest, la Terre-Sainte cultive ses riches jardins. Genève enfle. La France s’épanche depuis les frontières.

Tous les candidats à la municipalité placent les élections ­communales dans ce contexte: «Une chance qui a cependant un prix», note la socialiste Fabienne Freymond Cantone, municipale des Finances. Et qui suscite des craintes, voire des résistances. Il est temps de canaliser ce déve­loppement explosif. Daniel Rossellat serait prêt à «faire une pause» pour mieux ordonner l’essor de la région en favorisant les PME locales et les ressources du terroir.

Immense chantier en devenir

La ville attend l’arrivée de 3000 à 6000 nouveaux habitants et de 3000 emplois en une dizaine d’années. La construction de nouveaux logements se fait pressante. La maîtrise des prix de l’immobilier aussi. La classe moyenne et les jeunes Nyonnais en souffrent, déplorent les deux bords. Mais les méthodes pour y parvenir divergent. La droite prône l’initiative privée, certes encadrée. Elisabeth Ruey-Ray, municipale PLR, souhaite des appartements pour tous en tout genre sans quotas restrictifs. La gauche prêche le contrôle du foncier via l’achat des terrains et la création de coopératives d’habitation. Elle réclame un quart de logements d’utilité publique.

Quoi qu’il en soit, des projets démarrent déjà et d’autres suivront. La ville va devenir un immense chantier. Il faut donc penser d’emblée mobilité et espace public. Sans diktats idéologiques, somme la droite. Pour laquelle le stationnement est aussi essentiel que les pistes cyclables. Alors que la gauche essaie de décourager la voiture en ville. La place Perdtemps va ressusciter en enterrant le parking qui l’occupe aujour­d’hui, promet le municipal popiste Claude Dupertuis.

La croissance de la population et des entreprises exige en outre des écoles, des routes, des transports, des policiers, des égouts. Il faut investir entre 400 et 600 millions en dix ans. La commune, malgré le redressement en cours de ses finances, devra chercher ailleurs les moyens nécessaires. Nous nous opposerons aux augmentations d’impôts, jure le bourgeois Maurice Gay. La population avait refusé un relèvement du taux d’imposition en 2007.

A gauche, sous l’impulsion de Daniel Rossellat, les partenariats public-privé ne sont pas tabous. Claude Dupertuis cite l’exemple du centre sportif de Colovray, confié à l’UEFA. Mais la région aura aussi son rôle à jouer, indique Fabienne Freymond Cantone. Même si Elisabeth Ruey-Ray rappelle toutes les réticences de la gauche à l’égard du Conseil régional que la ville a intégré seulement au début de 2010.